À Cannes 2026, Javier Bardem revient avec El ser querido de Rodrigo Sorogoyen, un film tendu et humain sur un père incapable de réparer le passé avec sa fille.
À Cannes, Javier Bardem joue un homme incapable de demander pardon
Par la rédaction
Quelques heures avant la projection de El ser querido, une foule dense attendait déjà devant le Palais des Festivals pour apercevoir Javier Bardem. Samedi soir, l’acteur espagnol a retrouvé les marches de Cannes dans une ambiance à la fois électrique et chaleureuse.
Au sommet du tapis rouge, Javier Bardem, Rodrigo Sorogoyen et Marina Foïs ont esquissé quelques pas de danse avant d’entrer dans le Palais sous les applaudissements. Bardem souriait beaucoup. Un sourire simple, presque étonné, loin des poses habituelles du festival.
Sous les cris de la foule, Javier Bardem multiplie les allers-retours entre les fans et le tapis rouge, s’arrête pour des selfies, signe des autographes et échange quelques mots rapides avec le public. Pendant qu’Allumez le feu de Johnny Hallyday résonne sur la Croisette, Marina Foïs salue elle aussi les spectateurs derrière ses lunettes noires.
Seize ans après son prix d’interprétation pour Biutiful, Javier Bardem revient en compétition avec un rôle plus introspectif et moins spectaculaire. Dans le film il incarne Esteban Martinez, un réalisateur connu qui retrouve sa fille devenue actrice après de longues années sans contact. Entre eux, les discussions sont souvent interrompues. Les regards en disent plus que les paroles. Le film commence par un long repas presque silencieux où chacun semble attendre quelque chose de l’autre sans oser le dire.
Rodrigo Sorogoyen filme les hésitations, les tensions discrètes, les mots qui arrivent trop tard. Peu à peu, le cinéma devient secondaire. Ce qui compte vraiment, c’est ce face-à-face entre un père et une fille qui ne savent plus comment se parler.
Javier Bardem décrit son personnage comme un homme marqué par une ancienne idée de ce que doit être la masculinité. C’est un homme incapable d’écouter vraiment. Quelqu’un qui ne sait ni demander pardon ni reconnaître la souffrance qu’il a causée.
C’est probablement à ce moment-là que le film sonne le plus juste.
Esteban n’est pas un personnage facile à aimer. Javier Bardem le joue avec tous ses défauts, sa fatigue et ses maladresses. Avec le temps, son jeu d’acteur est devenu plus simple, plus calme. Parfois, un silence ou un simple regard suffit à faire comprendre ce que son personnage ne peut pas exprimer.
Pendant longtemps, Javier Bardem a joué des rôles d’hommes durs ou menaçants. Le tueur froid de « No Country for Old Men« , le méchant de « Skyfall » ou d’autres rôles physiques ont marqué sa carrière. Aujourd’hui, ses personnages semblent plus fragiles. Ils portent le poids de leurs erreurs en silence.
Ce retour à Cannes ressemble aussi à un retour vers un cinéma plus personnel. Après Hollywood et de grandes productions comme « Dune« , Bardem retrouve ici un rôle construit sur les blessures invisibles et les relations abîmées.
Face à lui, Victoria Luengo apporte une tension constante au film. Son personnage refuse les réconciliations faciles. Entre elle et Bardem, chaque scène donne l’impression d’une conversation qui commence bien trop tard.
Le film garde aussi une dimension politique subtile. L’histoire évoque par moments le Sahara occidental des années 1930, une région à laquelle Javier Bardem reste attaché depuis longtemps. Chez lui, les personnages et le regard sur le monde semblent souvent liés
Ces dernières années, l’acteur espagnol a continué de prendre position sur plusieurs crises internationales, notamment sur Gaza. Il le fait sans grands discours. Chez Bardem, l’engagement paraît venir du même endroit que ses rôles : une attention constante aux blessures humaines et à ce que beaucoup préfèrent ignorer.
À Cannes cette année, de nombreux films parlent de famille, de souvenirs ou de transmission. « El ser querido » choisit une approche plus simple et plus douloureuse : regarder ce qui reste entre les gens quand le temps a déjà fait son travail.
Sous les projecteurs de la Croisette, Javier Bardem ne donne pas l’impression d’un acteur venu célébrer son passé. Il retrouve simplement son public, en artiste aimé et toujours amoureux du cinéma, avec ce que le temps laisse parfois sur les visages : un peu de fatigue, beaucoup de vécu et une présence intacte.




