Ichraq Matar invitée de Souffle inédit

Lecture de 6 min
Ichraq Matar - Photo : Ayman Ben Hmida

À l’occasion des représentations parisiennes de Au Violon, nous avons rencontré Ichraq Matar.
Dans cet entretien plein d’émotion, la comédienne revient sur l’héritage laissé par Fadhel Jaziri et sur cette œuvre devenue, avec le temps, une véritable pièce testament.

Ichraq Matar : « Au Violon est devenue une véritable pièce testament de Fadhel Jaziri »

Entretien conduit par Raghda Kammoun

R.K : Fadhel Jaziri a marqué beaucoup d’artistes. Qu’est-ce que vous gardez de lui aujourd’hui dans votre manière de jouer ?

Icharaq Matar : Au-delà du jeu, Fadhel Jaziri a marqué énormément de personnes, aussi bien sur le plan professionnel que personnel.
Personnellement, c’est surtout la confiance en moi qu’il a su éveiller. C’était un grand homme, qui mettait tout son savoir et toute son expérience au service des autres, pour nous pousser à trouver le meilleur de nous-mêmes.

Au Violon de Fadhel Jaziri
Au Violon – scène à Paris – Photo : Raghda Kammoun / Souffle inédit

R.K : Depuis sa disparition, est-ce que la pièce a pris un autre sens pour vous ?

Icharaq Matar : Évidemment, surtout qu’il semblait savoir que ce serait sa dernière œuvre. Depuis sa disparition, ce chant du cygne est devenu une véritable pièce testament. Et nous nous sentons investis d’une mission : faire parvenir ce travail au plus grand nombre.

R.K : Il y a une part d’histoire dans le spectacle. Comment la faites-vous vivre sans que cela devienne trop théorique ?

Icharaq Matar : C’est là tout le génie du metteur en scène. À travers cette pièce, Fadhel Jaziri retrace son propre parcours, ses souvenirs, il raconte sa vie.
Mais tout cela passe par l’histoire fictive d’un musicien et de sa vie de couple. Ce qui fait que la pièce n’est jamais un simple récital de souvenirs, mais plutôt une histoire captivante, portée par la musique et les chansons, où l’on retrouve en filigrane la vie du metteur en scène et, à travers elle, une part de l’histoire du pays.

Au Vionlon de Fadhel Jaziri - Icharq Matar sur scène à Paris
Ichraq Matar – sur scène à Paris – Photo : Raghda Kammoun / Souffle inédit

R.K : La musique est très présente. Est-ce que vous jouez avec elle, ou est-ce qu’elle vous guide ?

Icharaq Matar : Effectivement, avec trois musiciens sur scène, cinq instruments et une voix, la musique est centrale dans cette pièce. Mais ce n’est pas pour autant une comédie musicale.
La musique et les chansons ne sont jamais choisies au hasard. Même les fragments de chansons participent à la narration, à la mise en scène, à l’atmosphère. Donc les deux sont vrais : nous jouons avec la musique, et parfois, c’est elle qui nous guide.

R.K : Jouer cette pièce à Paris, cela change-t-il quelque chose pour vous ?

Icharaq Matar : Nous n’allons pas nous mentir : jouer cette pièce à Paris avait quelque chose d’évident. D’ailleurs, elle contient un chapitre intitulé « Paris ».
On y évoque l’exil, mais aussi des figures tunisiennes importantes ayant vécu à Paris, comme Héla Beji ou Abdelwahab Meddeb. Le metteur en scène y raconte aussi ses propres souvenirs parisiens.
Et comme la pièce joue beaucoup sur la nostalgie, cette émotion ne peut être qu’amplifiée lorsqu’elle s’adresse à des Tunisiens vivant à l’étranger.

R.K : Y a-t-il un moment dans la pièce qui vous touche particulièrement à chaque fois ?

Icharaq Matar : Il n’y a pas un seul moment, mais plusieurs. Et cela a évolué avec le temps.
Depuis la disparition de feu Fadhel Jaziri, c’est le salut final qui me touche le plus.
De son vivant, c’était à ce moment-là qu’on le voyait apparaître, et qu’on devinait sur son visage ce qu’il avait ressenti de notre prestation. Ne plus le voir apparaître aujourd’hui reste quelque chose de très difficile pour moi.

R.K : Avez-vous ressenti que cette pièce était spéciale, presque comme un message laissé par Fadhel Jaziri ?

Icharaq Matar : Pendant la préparation, Fadhel Jaziri ne nous parlait jamais de sa santé. C’était quelqu’un de pudique, qui ne partageait ni ses difficultés ni ses souffrances.
Lui, visiblement, savait que ce serait sa dernière œuvre. Mais nous, pris dans le feu de l’action, nous ne le voyions pas… ou peut-être refusions-nous de voir cette éventualité.

Sa disparition, alors que nous jouions à Hammamet, sur la même scène où tout avait commencé pour lui, a été un véritable crève-cœur.
Et en relisant aujourd’hui la pièce à travers cette réalité, cela nous apparaît comme une évidence.

Facebook
Lire aussi
Taoufik Jebali
Partager cet article
Raghda Kammoun
Journaliste & Vidéaste
Suivre
Journaliste culturelle et vidéaste