Avec Entre tes riens, Julian Paillassa livre un recueil de poésie où se mêlent désir, absence et souvenirs. Une écriture sensible qui explore les traces laissées par les sentiments et les mots que l’on ne parvient jamais tout à fait à effacer.
« Entre tes riens » de Julian Paillassa : ce que les amours perdues continuent de nous dire
Par Monia Boulila
Dès le début, le mot « palimpseste » donne la clé du recueil. À l’origine, un palimpseste est un manuscrit ancien sur lequel on écrit un nouveau texte sans que l’ancien disparaisse complètement. Au sens figuré, il désigne une œuvre ou une mémoire faite de plusieurs couches de sens qui se superposent. C’est exactement ce que propose Julian Paillassa : écrire sur ce qui a déjà été vécu, faire apparaître les traces du passé, les doutes et les mots qui demeurent, même lorsqu’on essaie de les effacer. Dans Entre tes riens, l’amour lui-même devient un palimpseste, une histoire qui se réécrit sans cesse mais où rien ne disparaît tout à fait.
La poésie de Julian Paillassa est en mouvement. Elle parle du désir, de l’attente, de la séparation, de la mémoire et des regrets. Les poèmes avancent par fragments, comme des souvenirs qui reviennent ou des pensées saisies au vol. L’auteur joue souvent avec la langue : il invente des expressions, détourne certains mots et crée des rapprochements inattendus. Cette liberté d’écriture donne au recueil un rythme et une musicalité bien à lui.
L’amour est au centre du livre, mais il n’a rien d’idéal. Il est traversé par le doute, l’absence et la fragilité. Des titres comme Petite Mort ou Entre tes riens montrent un sentiment amoureux fait de tensions et de contradictions. L’autre est désiré, parfois perdu, souvent insaisissable.
L’un des aspects les plus intéressants du livre est son travail sur l’effacement et la réécriture, évoqué dès la préface de Pia Petersen. Les mots semblent parfois se superposer, se corriger ou se contredire. Cette impression d’inachevé reflète bien le thème du recueil : l’amour est une histoire que l’on réécrit sans cesse, sans jamais en trouver la version définitive.
Un autre choix de l’auteur attire l’attention : les titres des poèmes sont placés en bas de la page. On lit d’abord le texte, puis le titre arrive presque comme un dernier mot ou une nouvelle piste de lecture. Il éclaire parfois le poème, le prolonge ou lui donne un autre sens. Cette mise en page fait elle aussi partie de l’expérience de lecture et invite à revenir sur les vers que l’on vient de lire.
Les photographies qui accompagnent les textes prolongent cette impression de flou et de souvenir. Souvent en gros plan ou volontairement indistinctes, elles créent un dialogue discret avec les poèmes et renforcent leur dimension sensible.
Entre tes riens n’est pas un recueil que l’on lit pour y chercher une histoire ou des réponses. Il invite plutôt à se laisser porter par une langue riche, parfois exigeante, mais toujours habitée par une véritable émotion. Julian Paillassa y explore les traces laissées par l’amour, ces « riens » qui continuent de vivre longtemps après les grandes déclarations.
Entre tes riens est publié aux Éditions des Utopies, une maison d’édition fondée par Julian Paillassa lui-même. Une aventure éditoriale indépendante et sincère, portée par le désir de faire vivre les textes et de partager la poésie tout en accordant une place centrale aux auteurs qu’il publie.
C’est une poésie de l’entre-deux, du manque et de la mémoire, où les mots tentent de retenir ce qui, par nature, échappe.





