Francis Gonnet invité de Souffle inédit

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@ Francis Gonnet

À l’occasion de la parution de Une beauté tremblante, Francis Gonnet évoque son écriture, la beauté, la nature et la place de la poésie dans notre époque.

Francis Gonnet : « Le poème est une manière de suspendre le temps et faire silence »

Entretien conduit par Grégory Rateau

Francis Gonnet est un poète français dont l’écriture fait dialoguer le paysage, la mémoire et la quête intérieure. Nourrie par une attention aiguë au vivant, sa poésie privilégie la justesse du regard à l’effet de style. Héritier d’une tradition exigeante, elle s’inscrit dans le sillage de René Char, Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet, tout en affirmant une voix singulière. Chaque livre cherche moins à décrire le monde qu’à en révéler la part secrète. Une œuvre discrète, dense et profondément habitée. Dans Une beauté tremblante, publié en 2026 aux Éditions du Cygne, il poursuit une réflexion poétique autour de la lumière, de la fragilité et de la présence au monde.

GR : Dès les premiers vers, vous écrivez : « La beauté se révèle à la perlée des nuages où chaque goutte reflète l’immensité du bleu ». Comment est née cette recherche de la beauté qui traverse l’ensemble du recueil ?

Francis Gonnet : Je pense, comme disait Stendhal, que « la beauté n’est que la promesse du bonheur ». et que le poète, par son regard, est sensible à la lumière qu’elle procure et cherche à l’extraire de la grisaille, pour qu’elle vienne nous caresser jusqu’au frisson. Le poète se doit de révéler et protéger cette beauté fragile.

GR : La plupart de ces poèmes sont très brefs et privilégient l’épure. Cette forme s’est-elle imposée naturellement ou résulte-t-elle d’un travail de resserrement particulier ?

Francis Gonnet : Au fur et à mesure des recueils, j’ai élagué volontairement mon écriture pour tenter de ne garder que l’essentiel, exprimer et créer l’émotion en laissant le lecteur prolonger les mots par sa pensée et son ressenti.

GR : Votre poésie s’inscrit dans une tradition lyrique, attentive aux émotions, à la nature et à une forme d’intériorité. Qu’est-ce qui vous attire dans ce registre aujourd’hui ?

Francis Gonnet : Je ne dirais pas que ce registre m’attire, mais qu’involontairement ma poésie est très révélatrice de ma personnalité et de mon vécu. En effet, par ma formation de biologiste, la nature a toujours fait partie de mon environnement de vie et de travail J’aime l’observer, la contempler, et m’en émerveiller, car elle dit tant à l’homme et tant de l’homme. J’y trouve aussi paix et silence intérieur ; et la spiritualité est essentielle dans ma recherche de sens et d’absolu.

GR : Comment êtes-vous venu à la poésie ? Y a-t-il eu des lectures, des rencontres ou des événements qui ont joué un rôle déterminant dans votre parcours d’écriture ?

Francis Gonnet : J’ai eu la chance, d’être le fils du poète Roger Gonnet, qui a bientôt 103 ans, et qui a publié une quarantaine de recueils. Dès l’adolescence je l’ai suivi dans des cercles de poésie, comme la SAPE à Montgeron, ou Jalons à Paris puis à St Mandé ; sans compter des soirées poétiques à Paris (Club des poètes JP Rosnay, la Madeleine…). Ainsi j’ai pu rencontrer de nombreux poètes comme Andrée Chedid, Pierre Emmanuel, Jean Claude Renard, Luc Bérimont, Venus Koury-Ghata… C’est à ce moment, vers 18 ans, que j’ai écrit et publié mes premiers poèmes en revue. Au fur et à mesure des années, mes lectures se sont orientées vers St John Perse, Bonnefoy, et Jaccotet. Mais les plus influents sont pour moi : Char, André Du Bouchet et Guillevic. Depuis quelques années, j’appartiens au comité de rédaction de la revue Poésie/première au coté de Martine Morillon-Carreau et Gérard Mottet. Alain Duault étant un contributeur important. Ceci a enrichi mon parcours.

GR : Quels sont les auteurs ou les poètes qui vous accompagnent le plus, consciemment ou non, lorsque vous écrivez ?

Francis Gonnet : J’ai toujours à portée de main ou d’esprit, les ouvrages d’André Du Bouchet, Guillevic mais aussi ceux de Denise Desautels, ou Hélène Dorion qui sont des auteurs essentiels pour moi.

GR : Vous écrivez : « Chercher dans l’insignifiant ce fragment d’infini ». Dans un monde dominé par la vitesse et la surabondance d’informations, le poème est-il une manière de ralentir et de retrouver une attention au réel ?

Francis Gonnet : Oui le poème est une manière de suspendre le temps et faire silence, pour s’extraire du bruit et du désordre ; poser un regard et des mots sur l’essentiel.

GR : La poésie connaît aujourd’hui une nouvelle visibilité à travers les lectures publiques, les scènes ouvertes et les réseaux sociaux. Comment vous situez-vous face à ces formes d’oralité et de diffusion ?

Francis Gonnet : La diffusion de la poésie est difficile, alors tous types de diffusion, qui puissent ouvrir le monde à la poésie, et trouver de nouveaux lecteurs, est bienvenue. Certains seront plus sensibles à un média qu’un autre. Il y a les lecteurs, comme moi, qui aiment l’encre et le papier, la beauté d’un ouvrage, le vélin d’un livre unique. Cependant, je suis très favorable aux réseaux sociaux. Ils m’ont permis d’échanger avec d’autres poètes et découvrir leur poésie, mais aussi de me faire connaitre et même me faire éditer. Les revues de poésie sont également un bon moyen de diffusion, et permettent une visibilité importante, notamment pour ceux qui n’ont jamais édité de recueil. L’oralité est essentielle. J’aime entendre des poèmes lus ou récités. Leur rythme et leur musicalité résonnent plus fortement en moi.

GR : À vos yeux, quelle place la poésie occupe-t-elle dans la société contemporaine ? Son rôle a-t-il changé au cours des dernières décennies ?

Francis Gonnet : Même si elle gagne de la place, je pense que la poésie n’occupe pas une place assez importante dans notre monde, on entend peu les poètes parler dans les médias. Les poètes ont tendance à rester entre « initiés », c. Parfois, ont à l’impression de cercles d’initiés, assez fermés. Pourtant elle pourrait tant apporter au monde. Je n’ai pas vu de forte évolution de son rôle durant ces dernières décennies, juste de sa visibilité au niveau des réseaux sociaux.

GR : Vous publiez dans une maison indépendante. Comment percevez-vous l’écart de visibilité entre ces structures et les maisons qui bénéficient d’une forte exposition médiatique et d’une vraie diffusion ?

Francis Gonnet : Je vois un très gros écart. En effet, même si on publie à compte d’éditeur, la visibilité et la diffusion des plus petites maisons d’édition est très difficile. L’auteur doit, lui-même, beaucoup s’investir dans la diffusion et la promotion, même si les éditeurs sont très engagés et pleins de bonnes volontés. En somme, dans mon expérience, la diffusion est difficile et se fait essentiellement entre poètes.

GR : Le recueil s’achève sur l’image d’« une beauté tremblante » qui résiste malgré sa fragilité. Pensez-vous que le poète ait aujourd’hui une responsabilité particulière face aux violences, aux crises et aux fractures de notre époque ?

Francis Gonnet : Je ne dirais pas que le poète a une responsabilité particulière face aux crises et violences actuelles, mais que sa poésie peut les adoucir.

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Grégory Rateau Grégory Rateau lauréat du prix Renée Vivien 2023 de poésie et de littérature
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Poète et critique littéraire