Philippe Martial : « Guyane ou l’esclave marron » à l’honneur

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Philippe Martial - Photo : Michel Bénard

À la mairie du 6ᵉ arrondissement de Paris, le recueil Guyane ou l’esclave marron de Philippe Martial a été célébré lors d’une soirée consacrée à la mémoire de l’esclavage.

Guyane ou l’esclave marron de Philippe Martial : L’esclavage, cette souillure indélébile profanant encore l’humanité

Par Michel Bénard

Oui, l’esclavage est une souillure indélébile qui hante toujours l’histoire de l’humanité, et dont le spectre rôde encore au-dessus de nos sociétés. N’allez surtout pas penser que nous soyons affranchis de ce mal, car la sinistre exploitation de l’homme par l’homme n’est pas abolie, l’hydre vit et prospère toujours au cœur même de nos civilisations et systèmes, la bête est toujours vivante, peut-être plus fourbe encore. Cependant, il nous faut croire en l’homme, en son combat entre le bien et le mal.

C’est pourquoi la soirée du Vendredi 19 juin 2026, dans la grande salle des fêtes de la Mairie du 6ème arrondissement, en fut un remarquable témoignage, un cri du souvenir et d’hommage rendu, un devoir de mémoire aux millions de victimes de ce drame planétaire. Triste passé jetant l’opprobre sur ses exécutants, de toutes nations, de toutes ethnies, de toutes obédiences.

Philippe Martial : « Guyane ou l'esclave marron » à l'honneur

L’esclavage, dissipons les idées reçues, n’a pas été que l’apanage terrifiant de l’Occident, depuis l’antiquité, de tous les temps et de toutes les origines, des hommes et des femmes en furent les victimes.
Mais face à ce constat et dans son prolongement  mémoriel nous avons rappelé la loi Taubira de 2001, ayant fait reconnaître la traite et l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité.

Ainsi ce fut dans cette perspective que notre ami et éminent poète, Philippe Martial, grand prix 2024 (parrainé par le Président de la République), de la « Société des Poètes français », vit son livre « Guyane ou l’esclave marron » (éditions Michel Maulne) mis à l’honneur, en la mairie du 6ème arrondissement sous l’égide de son maire, Monsieur Jean – Pierre Lecoq. C’est ainsi qu’un collectif fut initié par Jean – Marc Crantor, directeur artistique, qui fit appel à Cyrille Daumont pour planter le décor sonore au rythme du gwo-ka. Puis la magie arriva avec la divine comédienne Céline Samie qui prêta sa voix aux alexandrins de Philippe Martial. Ce spectacle minimaliste fut particulièrement intense et parfaitement bien réussi, avec toute la gravité et l’émotion que nous imposent les textes du poète. Céline Samie fut extraordinairement émouvante, poignante, déchirante de vérité : elle transcenda les poèmes de Philippe Martial. Le frisson et la larme n’étaient jamais très loin.

Oui, l’esclavage est une souillure indélébile qui flotte toujours au-dessus de l’histoire de l’humanité et qui s’est adapté à notre société en se grimant de formes nouvelles, toutes aussi dramatiques : les nouveaux trafics humains en sont la preuve flagrante. L’exploitation de l’homme par l’homme est malheureusement toujours d’actualité : la presse s’en fait l’écho quotidiennement. L’hydre est toujours vigoureuse, plus sournoise encore et compte hélas de « beaux » jours devant elle.

Il ne faut pas désarmer, mais croire encore en l’homme vrai, bon, en sa grandeur d’âme, à sa hauteur spirituelle.
Utopistes que nous sommes, prenons-nous à rêver de l’avènement d’un nouveau Spartacus !
Sous le déferlement des applaudissements nous avions du mal à quitter la salle !

Revenons à notre soirée. Alors merci à tous, aux initiateurs, aux acteurs, à la municipalité et au merveilleux poète Philippe Martial pour cette soirée hors normes, que je l’espère aura réveillé vos consciences.

« Colons ! C’est grâce à vous que j’adore la force.
La violence nait de vos regards haineux.
Elle enfle et monte et je la sens tendre mon torse…
Avez-vous assez ri de mon crâne laineux ! » (1)

Du plus lointain des temps, la voix du sang m’appelle
A forcer le Destin, par le fer et le feu.
Aussitôt qu’il est prêt, l’esclave se rebelle.
Le déporté s’évade aussitôt qu’il le peut. » (2)

1 et 2 sont extraits de « Guyane ou l’esclave marron. »

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Gorée, mémoire vive

Pour prolonger cette réflexion, voici un poème de Michel Bénard consacré à Gorée, symbole universel de la mémoire de la traite négrière.

Gorée ! Embarquement exotique
Sur une carcasse désarmée,
Délaissée, que rongent
Inexorablement sel et rouille.
Embarquement chamarré,
Couleurs de peaux mêlées, métissées,
Sur une mer d’huile
Et un soleil de plomb,
L’ile de Gorée émerge des brumes. (*)
Dans les ruelles encore pavées
Des ombres furtives rodent,
Des plaintes angoissées montent,
Symbolisant la honte
De l’inqualifiable colonisation
Pour des générations et des générations.

De ce terrifiant négoce humain.
Tout a encore sa place,
Cellules sombres et exigües,
D’hommes, femmes, enfants et récalcitrants,
Glissements de lourdes chaines,
Morsures des bracelets d’acier,
Entrave de pesants boulets.

Les murs écaillés, décrépis, érodés,
Laissent suinter l’odeur
De la peur, de la sueur et du sang.
Les voyages d’arrivées incertaines
Etaient invariablement sans retour.

Hommes noirs, blancs, métisses,
Il ne faut pas oublier d’ouvrir les yeux,
Aujourd’hui tout peut vite se répéter,
Alors n’ayons pas crainte de nous insurger,
De nous indigner, de dénoncer, tout asservissement
De l’homme par l’homme,
Le spectre est toujours à nos portes.

Michel Bénard
Lauréat de l’Académie française
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres
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Michel Bénard
Critique d'art
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Artiste peintre et poète - Chevalier dans l’Ordre des Art et de Lettres