Pepe Habichuela est décédé à l’âge de 82 ans. Pendant plus de soixante ans, le guitariste espagnol a marqué l’histoire du flamenco par son jeu, son exigence et sa capacité à faire évoluer cette musique sans jamais renier ses racines.
Pepe Habichuela est mort : retour sur la carrière du maître du flamenco
Par la rédaction
Le flamenco a perdu l’une de ses grandes figures. Le guitariste espagnol Pepe Habichuela est décédé à Madrid, à l’âge de 82 ans, des suites d’une longue maladie qui l’avait éloigné de la scène depuis 2024.
Avec sa disparition, le monde du flamenco perd un musicien profondément respecté. Tout au long de sa carrière, Pepe Habichuela a su rester fidèle à la tradition tout en faisant évoluer son art avec une grande sensibilité.
Né le 29 mars 1944 à Grenade sous le nom de José Antonio Carmona Carmona, Pepe Habichuela a grandi dans une famille gitane où la musique occupait une place essentielle. Très jeune, il apprend la guitare auprès de son père et d’autres membres de sa famille, avant de se perfectionner auprès de grands maîtres comme Vicente Escudero et Sabicas. Il fait ses premiers pas de musicien dans les grottes du Sacromonte, à Grenade, un lieu intimement lié à l’histoire du flamenco.
De Grenade à Madrid
En 1964, il s’installe à Madrid. Il commence à jouer dans les célèbres tablaos, des cafés où se produisent les plus grands artistes de flamenco. Il se fait rapidement un nom et accompagne des chanteurs comme Juanito Valderrama, Pepe Marchena ou encore Camarón de la Isla. Son jeu, à la fois précis et expressif, est vite reconnu dans le milieu.
À cette époque, la guitare flamenca connaît une période de profond changement. Aux côtés d’artistes comme Paco de Lucía ou Manolo Sanlúcar, Pepe Habichuela prend part à ce renouveau tout en conservant son propre style. Son sens du rythme, la finesse de son jeu et son attachement aux traditions lui valent d’être considéré comme l’un des guitaristes les plus respectés d’Espagne.
La rencontre décisive avec Enrique Morente
L’une des grandes étapes de sa carrière est sa rencontre avec le chanteur Enrique Morente. Ensemble, ils enregistrent plusieurs albums devenus des références du flamenco contemporain, notamment Homenaje a Don Antonio Chacón et Despegando. Leur collaboration montre qu’il est possible de faire évoluer le flamenco sans renier l’héritage des anciens maîtres.
Pepe Habichuela attend plus longtemps avant de publier des albums sous son propre nom. Avec A Mandeli en 1983, puis Habichuela en rama et Yerbagüena, il affirme pleinement son univers musical. Jusque-là connu pour son travail auprès des plus grands chanteurs de flamenco, il montre qu’il a aussi beaucoup à dire en son nom. Son jeu se distingue par sa finesse et sa manière de faire passer les émotions sans en faire trop.
Un musicien ouvert au monde
Très attaché au flamenco traditionnel, Pepe Habichuela reste curieux de toutes les musiques. Il collabore avec des artistes comme Don Cherry, Max Roach ou Dave Holland. Ces rencontres donnent lieu à plusieurs projets qui rapprochent le flamenco et le jazz, sans jamais trahir leurs racines. Grâce à ce travail, son nom dépasse peu à peu les frontières de l’Espagne et son parcours inspire de nombreux guitaristes et musiciens.
Une famille au cœur du flamenco
Pepe Habichuela est né dans une famille où le flamenco fait partie de la vie quotidienne. Son fils Josemi Carmona et son neveu Antonio Carmona perpétuent à leur tour cette tradition avec le groupe Ketama, qui contribue au renouveau du flamenco à partir des années 1980.
Beaucoup de jeunes guitaristes se sont également inspirés de son parcours et de sa façon de jouer. Aujourd’hui encore, son empreinte reste bien présente dans le flamenco.
Une reconnaissance tardive mais méritée
Au cours de sa carrière, Pepe Habichuela reçoit plusieurs distinctions importantes. En 2018, il obtient la Médaille d’or du Mérite des Beaux-Arts en Espagne. Plus récemment, en février 2026, le gouvernement espagnol lui décerne la Grand-croix de l’ordre civil d’Alphonse X le Sage, l’une des plus hautes distinctions culturelles du pays.
Ces récompenses viennent saluer plus de soixante années consacrées à la musique et à la transmission du flamenco.
Une empreinte durable dans le flamenco
Pepe Habichuela n’était peut-être pas le guitariste le plus connu du grand public. En revanche, dans le monde du flamenco, il était une référence. Pendant plus de soixante ans, il a transmis son amour de cette musique à travers ses albums, ses concerts et les artistes avec lesquels il a travaillé.
Sa disparition laisse un grand vide, mais son œuvre continuera d’accompagner les amoureux du flamenco et d’inspirer les générations futures.
5 albums pour découvrir Pepe Habichuela
1.Homenaje a Don Antonio Chacón (1977)
Pepe Habichuela accompagne le chanteur Enrique Morente dans cet hommage à l’une des grandes figures du flamenco. Leur complicité musicale fait de cet album une référence et montre déjà toute la finesse de son jeu de guitare.
2. Despegando (1977)
Toujours aux côtés d’Enrique Morente, Pepe Habichuela participe à un disque qui ouvre de nouvelles perspectives au flamenco. Resté fidèle à la tradition, il contribue à faire évoluer cette musique avec subtilité.
3. A Mandeli (1983)
Premier album publié sous son nom, A Mandeli marque une étape importante de sa carrière. Après de nombreuses années passées à accompagner les plus grands artistes, il affirme pleinement son propre univers musical. C’est souvent l’album recommandé pour découvrir son travail.
4. Habichuela en rama (1997)
Avec cet album, Pepe Habichuela revient à un flamenco très épuré. Son jeu met en avant la mélodie, le rythme et l’émotion, sans recherche de virtuosité démonstrative. Beaucoup de passionnés le considèrent comme l’un de ses disques les plus personnels.
5. Yerbagüena (2001)
Sans renoncer à ses racines, le guitariste ouvre ici son flamenco à d’autres influences. Enregistré avec le contrebassiste de jazz britannique Dave Holland, l’album fait dialoguer deux traditions musicales avec beaucoup de naturel. Il reste l’un de ses projets les plus salués à l’international.




