Leila Mourad, une voix née de la chanson, portée par le cinéma

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Laila Mourad dans les années 1940. Auteur inconnu / Domaine public / Wikimédia

Chanteuse révélée à la radio, Leila Mourad se fait connaître avec des chansons modernes, au moment où le cinéma musical égyptien se développe. Grâce à ses collaborations avec de grands compositeurs et à ses films, son parcours raconte une époque où musique et image avancent ensemble.

Leila Mourad, une manière de chanter son époque

Par Monia Boulila

Avant d’être actrice, Leila Mourad est d’abord une voix. Elle se fait connaître très tôt grâce à la radio et aux disques, avant de passer au cinéma, à une époque où les chansons occupent une place centrale dans les films.
Sa carrière se développe entre les années 1930 et 1950, entre chanson et cinéma. Ses films font connaître ses chansons, et ses chansons continuent de vivre en dehors des films. C’est ce qui explique qu’elle reste encore aujourd’hui présente dans la culture arabe.

Une formation musicale ancrée dans son milieu

Née en 1918 au Caire dans une famille juive égyptienne, Leila Mourad grandit dans un milieu où la musique fait partie du quotidien. Son père, Zaki Mourad, lui apprend très tôt à chanter et lui transmet ses premiers repères musicaux. Elle continue ensuite à se former auprès du compositeur Dawood Hosni. Très jeune, elle chante en public et enregistre ses premières chansons. Avec le développement de la radio, sa voix circule rapidement et atteint un public bien plus large que celui des scènes du Caire.

Des chansons devenues des références

Le répertoire de Leila Mourad est souvent lié à ses films, mais certaines chansons circulent rapidement en dehors du cinéma grâce à la radio et au disque.

Parmi les plus connues, Ana Albi Dalili, écrite par Abou El Seoud El Ebiary et composée par Mohamed Abdel Wahab pour le film du même nom (1947), reste l’une de ses chansons les plus diffusées.
On retrouve aussi Ya Zalemni, écrite par Ahmed Rami et composée par Riyad Al Sunbati, ou encore Elli Yedhak Yedhak, écrite par Ebiary et composée par Mounir Mourad.
Elle travaille aussi avec Mohamed El Qasabgi, notamment sur Bhebak Wenta Mesh Aref.

Ces chansons ont en commun une diction claire, des formats adaptés à la radio et une écriture simple qui facilite leur diffusion. Leur succès ne dépend pas uniquement des films : elles circulent seules, portées par la voix et par leur efficacité musicale.

Des collaborations au cœur de sa carrière

Leila Mourad ne travaille pas avec un seul compositeur. Tout au long de sa carrière, elle enregistre avec plusieurs grandes figures de la musique égyptienne de l’époque, ce qui donne à ses chansons des styles différents.
Parmi eux, Mohamed Abdel Wahab, Riyad Al Sunbati, Zakaria Ahmed, Mohamed El Qasabgi, mais aussi Mohamed Fawzi et Mounir Mourad.

Leila Mourad
Laila Mourad dans les années 1940. Auteur inconnu / Domaine public / Wikimédia

Les paroles, souvent écrites par Ahmed Rami ou Abou El Seoud El Ebiary, restent simples et faciles à comprendre. Cette diversité lui permet de passer d’un style à un autre tout en gardant une voix reconnaissable.

Le cinéma comme prolongement de la chanson

La carrière de Leila Mourad au cinéma s’étend de 1938 à 1955. Elle joue dans 27 films, ce qui fait d’elle l’une des actrices les plus présentes du cinéma musical égyptien de cette période.

Elle débute avec Yahia el Hob (1938), réalisé par Mohamed Karim. Elle enchaîne ensuite plusieurs films avec Togo Mizrahi au début des années 1940, comme Fi Layla Mumtira (1939), Leila Bint al Reef (1941), Leila Bint Madaris (1941) ou Leila fi al Zalam (1944).

À partir du milieu des années 1940, sa carrière est étroitement liée à Anwar Wagdi, qui réalise plusieurs de ses films les plus connus, dont Leila Bint al Fouqara (1945), Leila Bint al Aghnia (1946), Qalbi Dalili (1947), Anbar (1948), Ghazal al Banat (1949) et Habib al Rouh (1951).
Elle travaille aussi avec d’autres réalisateurs comme Henry Barakat (Shati al Gharam, 1950 ; Ward al Gharam, 1951 ; Min al Qalb lil Qalb, 1952) ou Youssef Chahine (Sayyidat al Qitar, 1952), ainsi qu’avec des figures comme Youssef Wahbi ou Niazi Mostafa.
Dans tous ces films, la chanson occupe une place centrale et fait partie de l’histoire et de son déroulement.

Une carrière marquée par le contexte de l’époque

Après 1948, le climat devient plus tendu en Égypte, et certains artistes sont directement concernés, surtout ceux issus de familles juives. Leila Mourad est alors accusée d’avoir soutenu Israël. Une enquête est menée et ces accusations sont rejetées, mais elles laissent des traces. Elle continue à travailler pendant quelques années, dans un contexte plus compliqué. Sa conversion à l’islam ne suffit pas à faire disparaître les doutes dans une période marquée par de fortes tensions.

Un retrait progressif

À partir du milieu des années 1950, la présence de Leila Mourad diminue. Dans un contexte devenu plus difficile, elle tourne moins de films et enregistre moins de chansons. Peu à peu, elle s’éloigne sans officialiser son retrait. Elle reste encore présente de manière ponctuelle à la radio, avant de se retirer complètement de la scène artistique.

Une voix qui reste

Le parcours de Leila Mourad raconte une époque où la chanson, la radio et le cinéma étaient étroitement liés, permettant aux artistes de passer naturellement de l’un à l’autre. Il montre aussi comment une carrière peut être influencée par des évolutions qui dépassent le cadre artistique.

Aujourd’hui encore, ses chansons continuent de résonner. Sa voix reste reconnaissable, claire et directe. Disparue en 1995, Leila Mourad laisse une voix qui dépasse son époque.

Photo de couverture @ Wikimédia

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Shereen Ahmed
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Poète, traductrice et rédactrice web. Rédactrice en chef du média culturel Souffle inédit. Déléguée de la Société des Poètes Français. Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.