Shereen Ahmed, une voix entre deux rives

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Qui est Shereen Ahmed, l’artiste égypto-américaine invitée à chanter lors de la cérémonie d’ouverture du Grand Musée Égyptien ?

Qui est Shereen Ahmed, qui a participé à la cérémonie d’ouverture du Grand Musée Égyptien ?

Par Monia Boulila

Née d’un père égyptien immigré et d’une mère américaine, Shereen Ahmed grandit entre deux langues et deux univers. Très tôt, elle se sent attirée par la scène : elle chante, danse et aime se produire devant les proches de son entourage familial. Cette double appartenance nourrit peu à peu sa sensibilité et sa manière d’aborder les questions d’identité et de représentation, qui traverseront plus tard son parcours artistique.

Études et premiers pas

Avant de se tourner vers la scène, Shereen Ahmed suit d’abord un parcours universitaire. Elle obtient un diplôme en sociologie et anthropologie à la Towson University, avec une spécialisation en justice pénale. Elle poursuit ensuite ses études à l’Université Charles de Prague, où elle s’intéresse aux droits de l’homme.

C’est pendant cette période qu’elle découvre aussi le chant, la danse et le théâtre. Elle fait également un stage dans le domaine judiciaire, lié à la santé mentale. Toutes ces expériences nourrissent sa vision du jeu : pour elle, chaque personnage raconte avant tout une histoire humaine, ancrée dans la réalité sociale.

Franchir un cap

Le vrai tournant de sa carrière arrive avec la comédie musicale My Fair Lady au Lincoln Center Theatre de New York. D’abord intégrée à la troupe, elle devient ensuite doublure, puis finit par interpréter le rôle principal d’Eliza Doolittle. Ce rôle la fait connaître du grand public et marque un moment important : elle est la première femme d’origine égyptienne et moyen-orientale à jouer Eliza dans une grande production américaine.

Par la suite, elle participe à d’autres projets reconnus, comme A Man of No Importance au Classic Stage Company, ainsi qu’à plusieurs concerts autour du répertoire classique et lyrique. Sur scène, elle se distingue par un jeu simple et juste, une diction claire et une présence à la fois fine et sensible.

Engagement artistique et sens de la représentation

Shereen Ahmed s’intéresse autant à la scène qu’à ce qu’elle raconte. Elle refuse d’être enfermée dans des rôles stéréotypés et cherche à jouer des personnages variés, au-delà des étiquettes liées à ses origines. Pour elle, un acteur arabe ou musulman doit pouvoir incarner n’importe quel rôle, tant que l’histoire parle à tout le monde. Son travail a été remarqué par la Arab America Foundation, qui l’a incluse dans sa liste des « 40 Under 40 », mettant en avant de jeunes personnalités arabes-américaines qui contribuent à la visibilité et au dialogue culturel.

Shereen Ahmed, une voix entre deux rives
Image extraite de la retransmission télévisée de la cérémonie d’ouverture du Grand Musée égyptien.

Chronologie des rôles et concerts

Shereen Ahmed fait ses débuts sur une grande scène en 2017 avec My Fair Lady au Lincoln Center Theatre. Elle s’y fait remarquer par sa voix claire et sa présence élégante. En 2019, elle devient l’interprète principale d’Eliza Doolittle pour la tournée américaine, un rôle qui confirme son succès. En 2020, elle participe à une version en ligne de Meet Me in St. Louis produite par l’Irish Repertory Theatre. Deux ans plus tard, elle joue Adele Rice dans A Man of No Importance, puis Franca dans The Light in the Piazza en 2023 au New York City Center Encores!. En 2024, elle rejoint la distribution de The Age of Innocence à l’Arena Stage de Washington, dans le rôle d’Ellen Olenska.

En parallèle, elle chante régulièrement en concert, notamment à Carnegie Hall et à la Maison-Blanche, où elle participe aux commémorations du 80ᵉ anniversaire du Débarquement en Normandie. Elle apparaît aussi dans d’autres productions musicales comme Iolanthe et Strike Up the Band avec MasterVoices.

Entre deux cultures

Ce qui la rend unique, c’est justement ce mélange de parcours et d’engagement. Shereen Ahmed a d’abord suivi un chemin universitaire, avant de se tourner vers la scène musicale, ce qui donne à son travail une profondeur particulière. Issue de deux cultures, égyptienne et américaine, elle s’appuie sur cette double identité comme une richesse dans son expression artistique. Elle participe aussi à faire évoluer la place des artistes issus de la diversité, en défendant des rôles plus ouverts et moins stéréotypés. Pour elle, la scène n’est pas seulement un espace de performance, mais aussi un lieu où l’on peut questionner la visibilité, les récits et la manière dont chacun est représenté.

Une artiste en chemin

Aujourd’hui, Shereen Ahmed partage son temps entre le théâtre et la musique. Elle choisit ses projets avec soin, en restant fidèle à ce qui fait sens pour elle. Son travail touche un public de plus en plus large, au-delà du monde anglophone, notamment grâce à la richesse de son parcours. Sur scène, elle cherche avant tout à raconter des histoires vivantes, ouvertes, en lien avec son époque.

Sources et références
Women of Egypt Magazine
Towson University Newsroom
Arab America Foundation
Lincoln Center Theatre
Irish Repertory Theatre
MasterVoices Productions
Arena Stage Washington D.C.
Liste non exhaustive des sources consultées pour cet article

Photo de couverture @ Shereen Ahmed Facebook

Monia Boulila
Poète tunisienne
Déléguée de la Société des Poètes Français
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