Mathias Lair : l’élégance de la finitude

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@ Mathias Lair

Petit traité de savoir-mourir de Mathias Lair, un traité bref et lucide où l’ironie démonte nos illusions pour mieux apprivoiser la finitude.

Une traversée sans fard de la mort aux côtés de Mathias Lair

Par Grégory Rateau

Dans son Petit traité de savoir-mourir récemment publié chez Tarmac (courageux défricheur de voix dissonantes), Mathias Lair ne nous invite pas à une énième leçon de stoïcisme de salon, mais à une véritable anatomie de la finitude.

Petit traité de savoir-mourir de Mathias Lair : L’élégance de la finitude

L’ouvrage s’ouvre sur un constat d’une implacable noblesse : protester devant l’immuable est une « régression ». Pour Lair, la mort n’est pas un accident à déplorer, mais l’horizon qui donne au vivant sa véritable virtù. L’auteur nous guide à travers les méandres de notre déclin avec la précision d’un naturaliste doublée d’une sensibilité élégiaque, explorant la trahison de la chair avec une franchise qui refuse le voile du sacré : « On a du mal à enlever le bouton de sa boutonnière, à mettre la clef dans la serrure. Comme le reste : la pénétration n’est plus si aisée… ». Cette déchéance n’est pas gratuite ; elle est le prix d’une complexité voulue. Lair rappelle avec une ironie scientifique que notre mortalité est le tribut payé à la sexualité. Là où la bactérie stagne dans l’éternité du clone, l’humain choisit le risque : « Si nous sommes mortels, c’est que nous sommes trop strictement sexués. (…) La reproduction par clonage permettait la multiplication du même à l’infini : c’était en principe le règne de l’immortalité ! ».

L’écriture, fluide et habitée, refuse le pathos pour lui préférer l’ironie salvatrice. Le style se fait incisif pour déconstruire nos hypocrisies sociales, car le « savoir-vivre » n’est qu’une répétition générale avant le grand silence : « La fierté, c’est ce qui reste de sauvage en nous, loin des civilités du savoir-vivre. Normal, puisqu’il est question de savoir-mourir ! ». Lair nous installe devant ce qu’il appelle avec une verdeur toute moderne le « mur du con », ce point où la route est bouchée et où les envies s’évaporent. Pourtant, de cette impasse naît une liberté nouvelle, celle de la franchise absolue où « le savoir-vivre n’est plus de mise, voilà qu’on aborde la terre de la franchise ! ». L’ouvrage brille enfin par sa réflexion sur la mémoire. La mort n’est pas une rupture, mais une dissolution dans une continuité plus vaste. L’auteur évoque sa propre sépulture sous un chêne avec une sérénité poignante, transformant son corps en sève : « J’aimerais que mes cendres soient mêlées à cette terre, que je donne à vivre à mon chêne comme il m’a donné. ». Cette transmigration est aussi littéraire ; le texte survit au « soma » de papier par la citation, s’inscrivant dans une « conversation infinie ».

Il conclut cette vanité moderne en nous rappelant que l’imminence de la fin est la seule voie vers la « grande santé », celle qui permet de regarder le néant sans baisser les yeux.

Un simple détour

Voilà qui ouvre des perspectives rassurantes. Puisque des échecs, nous en connûmes ! Nous en avons collectionné. Il n’est pas un de nos accomplissements qui n’ait été gâché à un moment ou l’autre. Il me semble que c’est le lot de chacun : même ce que nous avons réussi, nous l’avons raté d’une façon ou d’une autre. La sagesse, l’inaccessible sagesse, consisterait à en rire tout en l’acceptant…
Ainsi notre vie, aussi exaltée qu’elle fût par les joies d’Éros, se résumerait à n’être qu’un détour pour toujours retourner au point zéro. De quoi rire, encore une fois !
On croyait partir pour l’aventure, conquérir de nouveaux espaces, en fait on cherchait à rentrer à la maison.

Petit traité de savoir-mourir – Mathias Lair, Tarmac, 2026, 62 p, 15 euros.

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Grégory Rateau Grégory Rateau lauréat du prix Renée Vivien 2023 de poésie et de littérature
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Poète et critique littéraire