Kenzo Zurzolo invité de Souffle inédit

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Kenzo Zurzolo - Photo : Studio Lostange

Kenzo Zurzolo est un pianiste, compositeur et producteur français qui développe un univers musical à la croisée du néoclassique, de l’ambient et de la musique minimaliste.

Kenzo Zurzolo : « Je préfère me laisser surprendre par l’impulsion musicale »

Entretien conduit par Monia Boulila

Kenzo Zurzolo est pianiste, compositeur et producteur français. Issu d’une famille de musiciens, il découvre le piano très jeune et commence rapidement à jouer ses propres mélodies et à improviser. Il a travaillé avec plusieurs artistes français et étrangers, notamment Aloe Blacc, Yseult, Lilly Wood & The Prick, Gaëtan Roussel et Thomas Azier. Il a également été membre du groupe Love Supreme de 2017 à 2022 et a participé à des projets avec Louise Attaque.
Kenzo Zurzolo compose aussi sa propre musique, principalement autour du piano. Son premier projet solo, Imaginary Garden, sort en 2022. Un an plus tard, il publie Songs From The Valley, un EP composé dans le sud de la France, où il aime retrouver le calme et écouter la nature. Son premier album, Hellissandur, sort en octobre 2025. Il prépare aujourd’hui une édition deluxe de l’album, attendue le 23 octobre 2026, avec notamment de nouvelles versions pour piano de plusieurs morceaux

M.B : Vous jouez du piano depuis de nombreuses années. Quel est votre premier souvenir lié à cet instrument ?

Kenzo Zurzolo : J’ai grandi dans une famille de musiciens. Mon père est lui-même pianiste, et le son du piano, comme la musique, était omniprésent à la maison. Il a donc toujours fait partie de mon environnement, presque naturellement, avant même que je prenne véritablement conscience de la place qu’il allait occuper dans ma vie.

M.B : À quel moment avez-vous compris que vous vouliez composer votre propre musique, plutôt que simplement interpréter celle des autres ?

Kenzo Zurzolo : Je pense que l’envie de composer a pris racine assez tôt, autour de mes dix ans. Lorsque je travaillais mes pièces classiques, je me surprenais très souvent à dériver vers l’improvisation, à partir d’un motif ou de quelques notes que je répétais. Je pouvais alors m’évader de la partition pendant de longues minutes, avant de réaliser que je n’avais absolument pas travaillé ce que mon professeur m’avait demandé ! Sans vraiment en avoir conscience à l’époque, je crois que c’est là que quelque chose s’est éveillé en moi: l’envie de chercher ma propre musique plutôt que seulement interpréter celle des autres.

M.B : Votre univers est souvent décrit comme minimaliste et cinématographique. Comment définiriez-vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Kenzo Zurzolo : Je la définirais comme une musique que l’on écoute avec tout son corps. Une musique qui invite à ralentir, à prendre le temps de contempler la nature, d’observer une œuvre d’art, de méditer, de créer… J’aime l’idée que la musique puisse nous sortir, ne serait-ce qu’un instant, du rythme quotidien et nous ramener à une forme de présence.

M.B : Pourquoi avoir choisi le nom Hellissandur pour votre premier album ? Qu’avez-vous trouvé dans ce village d’Islande que vous ne retrouviez nulle part ailleurs ?

Kenzo Zurzolo : Hellissandur est à la fois le titre de l’album et celui du premier morceau que j’ai écrit lors de ma résidence en Islande. À mon arrivée, il m’a suffi de quelques minutes, en posant les doigts sur le piano de la maison, pour que cette musique apparaisse. Elle est venue comme un cadeau, doucement chuchoté par les murs de la maison. C’est donc tout naturellement que j’ai choisi de donner à l’album le nom de ce morceau, et de ce lieu.
Pendant cette résidence, la solitude de ce village isolé sur la côte ouest, les paysages glacés, le silence et la beauté presque irréelle de la nature m’ont permis d’accéder à un état intérieur beaucoup plus calme et serein. J’ai appris à jouer en conscience de l’espace qui m’entourait, avec une véritable présence dans le moment.
Cette expérience a profondément bouleversé mon approche de l’instrument, de la musique, et plus largement de la vie elle-même.

Kenzo Zurzolo invité de Souffle inédit
Kenzo Zurzolo – Photo : Studio Lostange

M.B : Les paysages semblent occuper une place importante dans votre travail. Lorsque vous composez, partez-vous d’une image, d’un souvenir ou d’une émotion ?

Kenzo Zurzolo : Dans un moment de création, je me considère un peu comme une radio qui capterait les ondes environnantes pour les retransmettre à travers mon instrument. La nature est pour moi un matériau créatif extraordinaire. Elle m’aide énormément à canaliser ce flux et à trouver l’inspiration.
Je ne pars donc pas nécessairement d’une image, d’un souvenir ou d’une émotion précise. Je pars plutôt d’un moment, et j’essaie de rester le plus ouvert possible à ce qui m’entoure : les sons, la lumière, le mouvement, l’espace, une sensation. La musique apparaît souvent dans cet état de disponibilité.

M.B : Vous expliquez que The Quiet House est né pendant la grossesse de votre compagne et que vous l’avez revisité après la naissance de votre fille. En quoi la paternité a-t-elle changé votre manière de composer ?

Kenzo Zurzolo : La paternité m’a appris à considérer l’instant présent comme un cadeau, et à le chérir avec le plus d’amour possible.
Je ne dirais pas qu’elle a changé ma manière de composer, mais plutôt qu’elle a renforcé quelque chose d’essentiel pour moi: l’importance d’être le plus honnête possible avec moi-même, mon instrument et, plus généralement, à chaque instant de création.

M.B : Votre musique laisse une grande place au silence. Quelle place le silence occupe-t-il dans votre manière de composer ?

Kenzo Zurzolo : J’aime comparer ma musique au passage des vagues qui viennent s’écraser sur la rive: il faut des moments de silence pour pouvoir véritablement accueillir la puissance des vagues lorsqu’elles arrivent. C’est une question d’équilibre.
Lorsque je compose, j’ai besoin d’un environnement calme, mais pas nécessairement aseptisé. Ma musique naît de ce qui m’entoure: le mouvement, le son du vent, le chant des oiseaux, une radio qui parle à quelques mètres… Des sons qui peuvent sembler insignifiants, mais qui sont en même temps extraordinaires.
Je crois que cette coexistence entre le silence et les sons du monde est essentielle à ma manière de créer.

M.B : Lorsque vous composez, savez-vous dès les premières notes où le morceau va vous mener, ou vous laissez-vous surprendre par la musique elle-même ?

Kenzo Zurzolo : Je préfère me laisser surprendre par l’impulsion musicale. J’essaie de ne pas trop anticiper ce que la musique devrait devenir.
Je laisse souvent énormément d’espace entre les notes et les accords. Lorsqu’une idée surgit, j’aime lui laisser le temps d’exister, sans chercher immédiatement à la remplir ou à la développer. Cela me permet de ne pas précipiter les choses et de laisser la musique trouver naturellement son chemin.

M.B : Si vous deviez faire découvrir votre univers à quelqu’un avec un seul morceau, lequel choisiriez-vous, et pourquoi ?

Kenzo Zurzolo : C’est une question assez difficile pour moi, parce que je choisirais probablement le morceau le plus adapté au moment dans lequel la personne écouterait ma musique.
Je ne pense pas qu’un morceau puisse être dissocié de l’état dans lequel on se trouve au moment où on l’écoute. La même musique peut nous toucher très différemment selon l’endroit, l’heure, la lumière ou simplement ce que l’on traverse intérieurement.

M.B : Quels sont vos projets pour les prochains mois ?

Kenzo Zurzolo : Je travaille actuellement sur la musique d’un court métrage réalisé par mon ami William Armstrong, qui me permet d’explorer encore davantage la relation entre la musique et l’image.
Je pars aussi dans quelques jours à Los Angeles pour participer à une résidence d’écriture organisée par Amazon Music. Pendant une semaine, compositeurs, philosophes et chercheurs vont se retrouver autour d’un même sujet: le sommeil.
C’est une expérience qui m’excite particulièrement, parce qu’elle ouvre un espace de rencontre entre la création musicale, la recherche et la réflexion. Le sommeil est un territoire à la fois très intime et universel, qui touche à notre rapport au temps, à la mémoire, aux rêves, mais aussi à notre perception du monde.
J’ai hâte de voir ce que ces échanges et cette immersion feront naître musicalement, et de me laisser surprendre par les idées, les rencontres et les directions que cette résidence pourra prendre!

M.B : Quel est aujourd’hui votre plus grand rêve en tant que musicien ?

Kenzo Zurzolo : Créer un lieu dans lequel je pourrais travailler et composer, mais aussi accueillir d’autres artistes en résidence, dans un environnement profondément en harmonie avec la nature.

Un lieu où l’on pourrait ralentir, prendre le temps de créer et jouer sans aucune interférence.
Un espace qui permette simplement d’être présent, d’écouter et de laisser les choses naître.

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Monia Boulila
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Poète, traductrice et rédactrice web.