14e Festival International de la Bande Dessinée d’Alger

 14e  Festival International de la Bande Dessinée d’Alger

Sous le signe de l’indépendance, du patrimoine et de l’identité

Par Lazhari LABTER

Écrivain, spécialiste de la BD algérienne

14e Festival International de la Bande Dessinée d’Alger
Vue de l’esplanade de Riadh El Feth où se tient le Fibda.

C’est sous le slogan « Dessinons notre patrimoine »que la 14e édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (Fibda) qui s’inscrit dans le cadre de la célébration du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, s’est tenue du 4 au 8 octobre 2022 sur la célèbre esplanade retrouvée de Riadh El Feth, son espace naturel,où, sous un ciel radieux, l’été jouait les prolongations en dépit de quelques gouttes de pluie versées par des nuages avares de nuées.

Avec debout de gauche à droite, les dessinateurs Abbas Benyoucef, Mahfoud Aïder, Ahmed Haroun, Slimane Zeghidour et assis Nono Dinoro.
Avec debout de gauche à droite, les dessinateurs Abbas Benyoucef, Mahfoud Aïder, Ahmed Haroun, Slimane Zeghidour et assis Nono Dinoro.

Une belle cuvée BD 2022

La « cuvée BD 2022 » a ravi les membresdu jury de cette 14eédition du Fibda, composé d’Ahmed Haroun, bédéiste et caricaturiste au long cours, Mahfoud Aïder, bédéiste et caricaturiste de renommée, Lazhari Labter, écrivain et spécialiste de la bande dessinée algérienne et Zoubeida Mameria, pédagogue et écrivaine, qui ont étudié et délibérésur 47 albums et projets d’albums pour les trois concours des moins de 16 ans, plus de 16 ans et le concours du dessinateur professionnel. Les bandes dessinées étaient d’unsi grand niveau qu’il n’a pas été facile parfois de départager les concurrents qui, dans leur grande majorité, ont fait montre d’une grande créativité que ce soit dans le dessin ou le scénario.Cinq pays en plus de l’Algérie ont participé au Concours international de l’auteur professionnel, avec des dessinateurs d’Égypte, du Liban, de Palestine, du Gabon et de la République démocratique du Congo. Ils étaient 23 pour le concours du meilleur projet des plus de 16 anset 12 pour les moins de 16 ans sur le thème « Dessinons notre patrimoine », en arabe, français et anglais.

Des prix bien mérités

Pour le concours des moins de 16 ans, les 1er, 2e et 3e prix sont allés successivement à Amina Chebab pour A la découverte du patrimoine kabyle, Hadjer Belala pour Al-Oualima, Chourouk Belbarkapour L’album de ma grand-mère ; pour les plus de 16 ansle 1er prix est allé à Amine Siamer pour Le collier d’argent, le 2eprix à Naila Boubezaripour Ma nouba et le 3eprix à Yacine Ouchen pour Fear Land (La contrée de la peur). Quant au concours international de l’auteur professionnel, le 1erprix est allé au mangaka algérien Sidali Oudjiane pour Sinus zéro II, le 2e prix à Wahid Benrabia pour Al Mizmar a-Sihri (La flûte enchantée) et le 3eprix pour la dessinatrice Santa Kakese de la République démocratique du Congo pour 207-Sale journée. Comme on peut le remarquer, ce sont 5 dessinatrices sur 9 participants, une dominante de la gente féminine qui s’affirme d’année en année.

Le Japon à l’honneur

Et cette année, c’est le Japon qui tient une place particulière dans le domaine de la bande dessinée tendance manga qui était le pays invité d’honneur alors qu’un hommage a été rendu à Slimane Zeghidour, dessinateur de la « Génération M’Quidèch » du nom du premier magazine algérien de bande dessinée qui fait aujourd’hui partie de l’histoire de la bande dessinée algérienne, pour faire le lien entre la « génération manga » et celle qui a été à l’origine de la grande aventure du 9e art algérien dans les années 60, 70 et 80.

Avec Etsuko Aoyagi, professeur à l'Université de Kyoto, Japon, spécialiste de l'histoire du manga algérien auquel elle a consacré des études académiques, ravie d'avoir entre les mains mes deux ouvrages consacrés à la bande dessinée algérienne que je lui ai offerts.
Avec Etsuko Aoyagi, professeur à l’Université de Kyoto, Japon, spécialiste de l’histoire du manga algérien auquel elle a consacré des études académiques, ravie d’avoir entre les mains mes deux ouvrages consacrés à la bande dessinée algérienne que je lui ai offerts.

Des représentants du Japon étaient présents parmi lesquels Etsuko Aoyagi, professeur à l’Université de Kyoto, spécialiste de l’histoire du manga algérien auquel elle a consacré des études académiques et présidente du jury du concours decosplay.

Hommages à Frantz Fanon et à Ahmed Boughera El Ouafi

Le dessinateur italien VirginioVona, le français Nicolas Debon, auteur de Marathon,un album-hommage à Ahmed Boughera El Ouafi, le premier athlète d’origine algérienne et africaine à remporter une médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928, le congolais Benj Nguleet le mexicain David Espenoza Alvarez représentant le Mexique pour la première fois, étaient de la partie ainsi que le romancier français Frédéric Ciriez qui a remis sur le devant de la scène le militant algérien d’origine martiniquaise Frantz Fanon, psychiatre, militant tiers-mondiste engagé, théoricien de la Révolution algérienne notamment dans son ouvrage culte Les damnés de la terre, avec son roman graphique Frantz Fanon, illustré par le dessinateur Romain Lamy. Cet intérêt pour de grandes figures de l’histoire algérienne intéresse de plus en plus auteurs et dessinateurs étrangers et algériens. À l’exemple de Benyoucef Abbas Kébir qui a consacré une bande dessinée au diplomate algérien Mustapha Ferroukhi qui avait péri dans un accident d’avion avec une grande partie des membres de sa famille en 1960 près de Kiev, en se rendant en Chine, à l’exception de sa fille aînée présente au Fibda sur le stand de N.Point, l’éditeur de l’album.

Avec l’écrivain Frédéric Ciriez, auteur du roman graphique sur Frantz Fanon, illustré par Romain Lamy.

Génération M’Quidèch et Génération manga 

Ateliers de dessins pour enfants notamment et ateliers d’écriture de scénarios, projections de films d’animation et concours de cosplay, les activités étaient nombreuses et variées parmi lesquels des conférences sur « Génération M’Quidèch » avec les dessinateurs pionniers Ahmed Haroun, Mahfoud Aïder et Slimane Zeghidour, « Bande dessinée algérienne et identité »par Lazhari Labter, « La bande dessinée italienne » par VirginioVona, « La bande dessinée africaine et la question de l’édition » par Benj Ngule, et, à tout seigneur tout honneur, une conférence sur le « Musée international du manga de Kyoto » par ItoYu et Sookyung Yoo ainsi qu’une rencontre sur « le manga algérien vu du Japon » par le professeur Etsuko Aoyagi.

Des expositions consacrées aux dessins de Slimane Zeghidour, à la bande dessinée sur Ali la Pointe, héros de la bataille d’Alger, de Benyoucef Abbas Kébir étaient proposés à un public de visiteurs de tous âges, curieux et intéressé.

Les dessinatrices à l’exemple de Hanane Benmediouni du magazine pour enfants Ghomaida, étaient en force dans les ateliers de dessins pour enfants et présentes dans les stands des maisons d’édition comme chez Dalimen où les albums de la talentueuse Nawel Louerrad avaient beaucoup de succès lors des séances de signatures tout comme celui de la toute jeune Gigi, Rwidjel and the catet Emotion en bazar de Jeweequi débarquent toutes les deux toutes fraîches dans le monde de la bande dessinée.D’autres maisons d’édition proposaient leurs publications notamment Z-Lik, Kaza éditions, l’Enag et Casbah éditions mais aussi des dessinateurs autoédités comme Kamel Bentaha qui en est à son sixième album en tamazight.

14e Festival International de la Bande Dessinée d’Alger
Lauréats du concours de cosplay

Cosplay et concert

Comme chaque année, la clôture de cette 14e édition s’est terminée avec l’annonce des lauréats du concours de cosplay dans les catégories « humour », « costume », « duo », « solo » et « culture algérienne » suivie par un concert musical donné par le groupe Bladi.

 

Lazhari Labter

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