Pascal Furlan invité de Souffle inédit

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@ Pascal Furlan

Pascal Furlan est un peintre français dont le travail est profondément lié à son parcours de vie, à ses souvenirs et aux personnes qu’il a croisées au fil des années.

Pascal Furlan, l’art de peindre les visages et les instants de vie

« Djibouti a laissé une trace profonde en moi »

Entretien conduit par Monia Boulila

Après avoir mis la peinture de côté pendant une longue période, il reprend les pinceaux en 2010 et retrouve peu à peu un langage artistique qui lui est propre. Ses œuvres figuratives accordent une place importante aux visages, aux scènes du quotidien et aux paysages qui l’ont marqué. Son passage à Djibouti à la fin des années 1980 a laissé une empreinte durable dans son regard et nourrit encore aujourd’hui une partie de son inspiration.

Très attaché au dessin, qu’il considère comme la base de son travail, il accorde également une grande importance à la lumière, aux couleurs et aux émotions qui se dégagent de ses tableaux. Dans cet entretien, il évoque son parcours, ses sources d’inspiration, son attachement à Djibouti et les projets qui occupent actuellement sa réflexion.

Pascal Furlan invité de Souffle inédit
Pascal Furlan – Djibouti l’Appel du du Désert

M.B : Quand et comment la peinture est-elle entrée dans votre vie ?

Pascal Furlan : Le dessin est arrivé très tôt. Enfant, je recopiais des personnages de bandes dessinées sur du papier Canson. Je passais du temps à observer les formes et les visages. À cet âge-là, je ne pensais pas encore à l’art. Je dessinais simplement parce que j’aimais ça.

Pendant des années, j’ai complètement laissé les crayons de côté. En 2010, j’ai eu envie de reprendre, sans idée précise. Je suis allé à un atelier, plutôt pour redessiner au départ. L’animateur a regardé mes esquisses et m’a dit : “Pourquoi vous n’essayez pas la peinture ?” J’ai essayé. Ça a pris tout de suite. Mon premier tableau à l’acrylique représentait une jeune femme djiboutienne, d’après une photo prise à Djibouti en 1990.

M.B : Quels peintres admirez-vous le plus et que vous ont-ils apporté dans votre propre démarche artistique ?

Pascal Furlan : J’admire des peintres assez différents. Monet, Van Gogh, Cézanne et Leonid Afremov. Je crois que chacun m’a ouvert une petite porte. Monet m’a donné envie de regarder les nuances. Van Gogh m’a montré qu’un tableau peut porter une tension très personnelle. Cézanne m’a ramené à la structure et à l’équilibre. Et Afremov m’a poussé vers des couleurs plus libres, plus vibrantes. Je ne cherche pas à peindre comme eux. Je les regarde plutôt comme des repères.

Pascal Furlan invité de Souffle inédit
Pascal Furlan – À fleur de soi

M.B : Votre séjour à Djibouti a marqué une partie importante de votre travail. Que retenez-vous de cette expérience et qu’a-t-elle changé dans votre regard d’artiste ?

Pascal Furlan : Djibouti a laissé une trace profonde en moi. J’étais à Djibouti de 89 à 90, pendant mon service militaire. Je faisais des photos dès que j’en avais l’occasion. À ce moment-là, je gardais juste des souvenirs. Je ne pensais pas qu’ils deviendraient un jour des tableaux.

La première chose qui me revient, c’est cette lumière très forte. Il y avait aussi les visages, les scènes de rue, les paysages arides, et le désert.
Ce séjour a changé ma façon de regarder. J’ai appris à être attentif aux détails simples. Quand je peins Djibouti aujourd’hui, je ne cherche pas à reconstituer un souvenir parfait. Je tente plutôt de retrouver une sensation restée intacte.

M.B : Quelles sont les principales sources d’inspiration qui nourrissent votre peinture aujourd’hui ?

Pascal Furlan : Je m’inspire surtout de ce que je ressens, ou de ce que j’ai ressenti à certains moments de ma vie. Mes souvenirs ont une grande place dans ma peinture. Ma région m’inspire aussi, avec ses villages, ses lumières et ses paysages familiers. Et puis il y a Djibouti, bien sûr, qui revient régulièrement dans mon travail. La musique tient également une place importante. Elle accompagne l’atelier, elle me donne un rythme.

Pascal Furlan invité de Souffle inédit
Pascal Furlan – Impressions Jazz

M.B : Pourquoi l’être humain occupe-t-il une place si importante dans votre peinture ?

Pascal Furlan : L’être humain m’intéresse parce qu’il nous invite à entrer dans son univers. Un visage, une silhouette, une attitude peuvent suffire à créer une histoire. Dans mes tableaux, je cherche souvent cette présence. Et j’aime quand le spectateur peut imaginer ce qui se passe avant ou après la scène.
Les personnages donnent une vibration qui fait lien avec la toile. Ils apportent une part de mystère et de fragilité. C’est cette humanité-là qui me touche.

M.B : Comment naît une œuvre chez vous ? D’une rencontre, d’un souvenir, d’une émotion ou d’une image ?

Pascal Furlan : Une œuvre naît souvent d’une image. Ça peut être une photo que j’ai prise, une scène que j’ai gardée en mémoire, ou une idée qui revient.
Puis je commence toujours par le dessin. Pour moi, c’est une étape essentielle. Le dessin pose les bases : les proportions, la composition, les lignes de force. Il m’aide à comprendre le tableau avant la couleur.
Ensuite, la peinture prend le relais. À ce moment-là, je laisse plus de place à l’instinct. La couleur peut modifier l’ambiance. Un détail peut changer la direction du tableau. J’aime cette part d’imprévu.

Pascal Furlan
Pascal Furlan – Instant de grace

M.B : Quel rôle jouent la musique et la poésie dans votre vie et dans votre travail d’artiste ?

Pascal Furlan : La musique est très présente quand je peins. Je travaille souvent avec mes playlists. Selon le tableau, je choisis une ambiance différente. Certaines musiques me donnent une forme d’élan, et d’autres m’amènent plutôt du calme, quelque chose de plus intérieur.
La poésie me touche aussi pour ce qu’elle amène à l’essentiel. Quelques mots peuvent ouvrir une image, et un rythme peut faire naître une sensation.

M.B : Y a-t-il un tableau auquel vous êtes particulièrement attaché et pourquoi ?

Pascal Furlan : Oui, le tableau « L’innocente du Day ». C’est un tableau auquel je tiens beaucoup. Il vient d’une photo que j’avais prise à Djibouti. Cette jeune fille, son regard, le décor autour d’elle, tout ça m’est resté en mémoire.
Je crois que j’y suis attaché parce que ce tableau me ramène directement à cette période. Il y a des images comme ça qui restent, même après des années.
Il y a un autre tableau que j’ai choisi de garder, celui de « Bonaguil ». Cette œuvre marque la fin d’une étape de ma peinture. Elle reste dans l’atelier comme un repère.

M.B : Au fil des années, comment votre regard sur la peinture a-t-il évolué ?

Pascal Furlan : Au début, je voulais surtout bien faire : réussir les proportions, le mélange des couleurs, et obtenir un rendu qui me semblait juste. Avec les années, mon regard a changé. Aujourd’hui, je cherche davantage l’atmosphère du tableau, ce qu’il raconte, l’émotion qu’il peut provoquer, et le lien qui se crée avec celui qui le regarde.
Bien sûr, je reste attaché au dessin, parce qu’il donne une vraie base à la création. Mais je laisse aujourd’hui plus de place au ressenti. Avec le temps, la peinture m’a appris à faire confiance au geste et à la couleur.

M.B : Quels sont vos projets ou vos envies pour les mois à venir ?

Pascal Furlan : J’ai une exposition prévue à Pujols en juillet. C’est un rendez-vous que je prépare avec attention. J’aime ces moments où les tableaux sortent de l’atelier pour rencontrer le public.
J’ai envie de continuer à travailler autour de Djibouti, parce que ce thème garde une vraie force pour moi. Je vais également poursuivre mes séries de tableaux sur la musique, les portraits, et les scènes de vie.

Pascal Furlan
Pascal Furlan

M.B : Pour terminer, si vous pouviez réaliser votre rêve le plus cher en tant qu’artiste, quel serait-il ?

Pascal Furlan : Mon rêve serait de vivre pleinement de ma peinture. Pouvoir consacrer mon temps à créer, exposer, rencontrer des visiteurs, échanger avec des collectionneurs, et continuer à faire grandir mon travail.
J’aimerais aussi ouvrir un jour ma propre galerie. Un lieu simple et vivant. Un endroit où mes tableaux seraient présentés dans de bonnes conditions, avec leurs couleurs, leurs histoires et leurs ressentis. Ce serait pour moi une belle réussite : avoir un lieu où la peinture peut être regardée et partagée.

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Monia Boulila
Rédactrice en chef
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Poète, traductrice et rédactrice web.