Denis Podalydès lit « Guerre »

Denis Podalydès lit « Guerre » de Louis-Ferdinand Céline

Les jeudis littéraires d’Aymen Hacen

 Souvenirs, souvenirs

Dans un article intitulé « Les formes nouvelles de notre survivance », publié dans La Presse de Tunisie du lundi 26 juillet 2010, nous évoquions, déjà, le rapport entre football et littérature. Dans un seul et même élan, nous faisions l’éloge du travail de traduction de l’ami Frédéric Boyer qui venait alors de signer La Tragédie du Roi Richard II, de William Shakespeare, dont la transmission en direct de la Cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon a eu lieu le 23 juillet 2010 à 22h sur France 2.

Mise en scène par Jean-Baptiste Sastre, cette nouvelle traduction mettait en vedette Denis Podalydès dans le rôle-titre. Douze ans après, la voix et le jeu du Sociétaire de la Comédie-Française continuent de résonner en nous.

Denis Podalydès dans « Écoutez lire »

Chez Gallimard, dans la collection « Écoutez lire », Denis Podalydès — que nous avons eu le plaisir de voir et d’apprécier sur le grand écran, entre autres, dans La Conquête de Xavier Durringer (2011), Les Grands Esprits d’Olivier Ayache-Vidal (2017) ou encore Présidents d’Anne Fontaine, en 2021 — prête sa voix aussi bien à Louis-Ferdinand Céline, avec D’un château l’autre et Mort à crédit, en 2021, qu’au prix Nobel de littérature 2014, Patrick Modiano, à travers L’herbe des nuits (2012), Dans le café de la jeunesse perdue (2015) et Chevreuse (2021).

Aujourd’hui, Denis Podalydès revient avec Guerre, le best-seller de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), paru à titre posthume en mai dernier. Nous n’allons pas prendre part à la polémique concernant Céline en général et cet inédit en particulier. Ce qui nous intéresse pour le moment, c’est de célébrer cette heureuse retrouvaille de l’auteur de Voyage au bout de la nuit, et la voix, magistrale, de Denis Podalydès qui la porte à merveille.

Denis Podalydès lit « Guerre » de Louis-Ferdinand Céline Denis Podalydès lit « Guerre » de Louis-Ferdinand Céline

Contentons-nous pour le moment de ces informations livrées par l’éditeur : « Parmi les manuscrits de Louis-Ferdinand Céline récemment retrouvés figurait une liasse de deux cent cinquante feuillets révélant un roman dont l’action se situe dans les Flandres durant la Grande Guerre. Avec la transcription de ce manuscrit de premier jet, écrit quelque deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit (1932), une pièce capitale de l’œuvre de l’écrivain est mise au jour. Car Céline, entre récit autobiographique et œuvre d’imagination, y lève le voile sur l’expérience centrale de son existence : le traumatisme physique et moral du front, dans l’“abattoir international en folie”. On y suit la convalescence du brigadier Ferdinand depuis le moment où, gravement blessé, il reprend conscience sur le champ de bataille, jusqu’à son départ pour Londres. À l’hôpital de Peurdu-sur-la-Lys, objet de toutes les attentions d’une infirmière entreprenante, Ferdinand, s’étant lié d’amitié au souteneur Bébert, trompe la mort et s’affranchit du destin qui lui était jusqu’alors promis. Ce temps brutal de la désillusion et de la prise de conscience, que l’auteur n’avait jamais abordé sous la forme d’un récit littéraire autonome, apparaît ici dans sa lumière la plus crue. Vingt ans après 14, le passé, “toujours saoul d’oubli”, prend des “petites mélodies en route qu’on lui demandait pas”. Mais il reste vivant, à jamais inoubliable, et Guerre en témoigne tout autant que la suite de l’œuvre de Céline. »

La voix de Denis Podalydès

Nous faisons certes partie des admirateurs de Fabrice Luchini dont nous apprécions les lectures et les performances littéraires, mais nous ne comptons pas le comparer à Denis Podalydès. Le champ littéraire est vaste et il y a de la place pour tous. D’ailleurs l’espace célinien l’est d’autant plus que le caractère polyphonique de cette œuvre peut se prêter à maintes interprétations, lectures, sensibilités, voix.

À ce titre, ce qui caractérise celle de Denis Podalydès, c’est sa sensible ténacité. Expliquons-nous : il est, chez l’auteur de Voix off (paru au Mercure de France en 2008, réédition chez Folio en 2010 et « Écoutez lire en 2019), une sensibilité à fleur de peau, littérairement et humainement, qui peut donner l’impression de rompre ou presque, mais il n’en est rien, tant le souffle, l’énergie et la voix de Denis Podalydès sont tout respectivement et tout à la fois profonds, lumineux et inépuisables.

Bien sûr, Guerre est un roman où il y a des personnages, des dialogues, des cadres spatiotemporels qui évoluent et changent, etc., mais à aucun moment nous ne lassons de cette maestria vocale qui embrasse le roman de Céline, le prenant à bras-le-corps, le rendant à sa riche et inimitable polyphonie. Ainsi, l’écriture de l’auteur de Voyage au bout de la nuit retrouve-t-elle toute sa splendeur, tout son timbre, toutes ses résonances.

Trois heures vingt de lecture, plutôt trois heures vingt de bonheur. C’est à nos yeux déjà un classique et une performance. Si Guerre de Céline est à lire, Guerre de Céline lu par Denis Podalydès est à écouter lire — pour notre grand besoin de vie et de vitalité.

Les jeudis littéraires d’Aymen Hacen

 

Photo de couverture : Denis Podalydès – Copyright Christophe Raynaud de Lage /coll. Comédie-Française

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