Traces d’étoiles de Jean-Pierre Paulhac

Traces d’étoiles de Jean-Pierre Paulhac 

Par Micehl Bénard

Jean-Pierre Paulhac  est un confrère, un ami, un excellent et prolixe poète, animateur du Lundi des Poètes et de soirées littéraires thématiques comme récemment Jean de La Fontaine, mais nous pensons aussi à Brel, Ferré, Ferrat, Apollinaire etc.  Il est membre du comité directeur de notre société, ainsi qu’intervenant et décideur au comité de lecture de nos éditions.

En ses vies antérieures il fit ses études de lettres à Lyon. Puis un tantinet « objecteur deconscience » plutôt que de faire le fantoche avec un fusil dans une caserne sous les ordres d’un sergent agité il opta pour un contrat de 2 ans en coopération. Il sera muté au Cameroun pour enseigner le français. Finalement, conquis par l’Afrique il décidera de rester en terres africaines où des possibilités lui seront données de poursuivre sa mission au Tchad, Congo, Mauritanie et Bénin. De retour en France, entre poésie et éducation nationale, entre Orléans et Jargeau, il terminera sa carrière d’enseignant en 2016 comme principal de collège.

A partir de cette date il deviendra poète à part entière. Il échange avec diverses sociétés littéraires, anime une émission de radio. Il a publié plusieurs romans, essais et recueils poétiques dont le dernier, « Traces d’étoiles ». Au hasard quelques titres de romans : La porte du non-retour – Le conseil de discipline- Chassé du Tchad – L’hôtesse noire – L’investiture – Calvaire – etc.

L’unique intention de notre poète est de rendre un humble hommage à Léonard Cohen et Bob Dylan, deux figures tutélaires qui ne sont en aucun cas à imiter, mais à transcender au gré des ressentis et des émotions partagés tout au long d’une vie.

Le principe de composition de ce recueil « Traces d’étoiles » est simple, comme nous le savons depuis les origines, tout n’est que succession d’influences, depuis les pierres dressées de Stonehenge ou Carnac jusqu’aux réalisations architecturales les plus contemporaines.

Aucun domaine des arts n’y échappe, sculpture, peinture, musique etc., quant à la poésie considérée comme l’art premier, elle ne déroge pas à la règle bien au contraire.

Ainsi l’influence, la passion, inspirèrent la naissance et la création d’un verbe nouveau, autre !

Le poète Jean-Pierre Paulhac annonce d’emblée la couleur, donne le ton et met les choses à leur place. Je cite : « Ce ne sont surtout pas des traductions. Je ne veux ni ne sais faire cet exercice. Ce ne sont pas non plus des adaptations. Pas de réécriture du même texte, pas de paraphrase de l’amateur de poésie sur les vers du maitre. Donc pas de procès en forfaiture.

Le seul lien avec le poème est le titre en anglais, le poète s’en explique :  «  Les textes ne sont là que par leurs titres rien d’autre. »

Baudelaire, ce grand poète que nous connaissons bien, qui était également critique d’art averti, souvent controversé car trop visionnaire pour son époque, ne disait-il pas : « La poésie est ce qu’il y a de plus réel, ce qui n’est complètement vrai que dans « un autre monde ».

Il est donc évident qu’avec Jean-Pierre Paulhac nous sommes bien au cœur du ressenti et de l’émotion engendrés par l’acte de création. Il décline ce besoin d’un échange épistolaire avec Bob Dylan, alors il prit sa plume le jour de ses soixante ans afin de s’exprimer avec son « maitre » référant. Considérant néanmoins que face à l’œuvre de Bob Dylan seul le silence en est le digne écho. Tout ayant déjà été dit, écrit, évoqué.

Sous le couvert de l’humour, nous appellerons cela non pas les variations Goldberg mais les variations Paulhac. Nous pouvons aussi parler de similitudes électives.

Très sincèrement et sans fioritures j’aime la teneur authentique et profonde de cet hommage rendu à deux géants portant haut la bannière de l’humanisme. Hors religion, hors politique et surtout hors de concessions de bas étages.

En compagnie de notre poète Jean-Pierre Paulhac, engageons quelques pas avec Bob Dylan. Partons vers une aventure intérieure caressant le cœur, mais la question se pose, pour une nouvelle aube, le poète est-il bien parti ?  Sait-il même en cette aurore s’il est revenu ?

Le poète affronte quelques brisures insolentes, il ne croit plus aux marchands de bonheur, aux promesses oubliées, aux sirènes enjôleuses, alors provisoirement il ferme sa porte.

Une chose est certaine et le poète l’a bien compris, par-delà les prophètes du malheur, les prêtres parjures cachés dans les ruines de leurs temples, il n’y a personne derrière la porte pour apporter une réponse. Et surtout, il ne faut compter que sur soi-même.

Les vies ici se mettent en parallèles, se trouvent des lieux de proximités, des parfums nomades et des ondes communes. Autres similitudes avec Bob Dylan notre poète se retrouve lui aussi face à des pages d’amour raturées, biffées dans des sillages de parfums frelatés et d’espérances défigurées. Alors pour seul refuge, il reste les larmes d’un harmonica qui vous tombe dessus comme une pluie complice et soudain allez donc savoir pourquoi, on se sent bien !? Oui, dans la vie les cordes sont fragiles et les guitares souvent imaginaires. Mais c’est lorsque nous sommes enveloppés des brouillards du doute et de la nostalgie que la poésie arrive à accomplir des miracles. C’est bien là une poésie de réflexion, d’expérience aux résonances profondément humaines.

Jean-Pierre Paulhac a trouvé en Bob Dylan une terre commune et fertile où dans des bleus de blues le soleil du Congo et les eaux du Mississippi se remettent à briller et à miroiter.

Autre compagnon de route, frère de cœur, flamme jumelle, Léonard Cohen est lui aussi un vecteur d’images d’amours résurgentes qui pourraient très bien porter le prénom de « Suzanne, » ici encore les chemins de la vie se mêlent, s’imbriquent. La musique et la poésie reprennent leurs droits, les mots, les vers, les notes, la danse se réunissent sur les décors naturels d’un théâtre romain, donnant un prolongement à la vie.

Oui, on aimerait pouvoir apprivoiser son destin, on se voudrait libre, alors que de toutes parts des entraves nous retiennent. Ah ! dominer les caprices de l’amour qui se mettent en parallèle, qui ont les mêmes fréquences, qui détruisent et blessent de la même manière. J’en veux pour preuves les étroites affinités de Joan Baez avec Bob Dylan et de Judy Collins avec Léonard Cohen : « Il y a beaucoup de cendres humides / Et de la pluie acide sur ces nuits anciennes…/… »

L’existence, l’amour, l’utopie, l’imaginaire nous jouent des tours désopilants et pendables, au point que parfois nous ne savons plus si nous sommes les acteurs ou les spectateurs de nos vies.

Le poète le confie, nos vies sont continuellement marquées par des formes d’exil aux apparences diverses, qui ne sont pas uniquement géographiques, mais pouvant prendre un aspect intérieur ou le masque d’un état d’âme.

L’amour toujours et encore figé sur une photo jaunie, amour sans nom ayant perdu la mémoire : « Où gît ce que j’ai cru notre amour. »

Alors, en touche finale, il arrive qu’un soir de blues l’on fasse l’inventaire de ses hôtels miteux, de ses refuges interlopes, de ses ports de hasard et il ne reste plus qu’à graver sur les draps froissés de la destinée quelques « Traces d’étoiles » autour d’un visage sans cesse redessiné.

 

Michel Bénard.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.