Un singe en hiver : le retour par Hyacinthe

Les jeudis d’Hyacinthe

Un singe en hiver : le retour

Une heureuse réédition

Les éditions de la Table Ronde ont eu l’idée, géniale, de reprendre la main sur le chef-d’œuvre d’Antoine Blondin, Un singe en hiver, roman qu’elles ont publié en 1959 et qui a reçu la même année le Prix Interallié. Adapté au cinéma par Henri Verneuil en 1962, d’après un scénario de François Boyer et des dialogues signés Michel Audiard, avec dans les rôles principaux Jean Gabin (Albert Quentin) et Jean-Paul Belmondo (Gabriel Fouquet), le roman n’était disponible, depuis 1973, que dans la collection Folio, chez Gallimard.

Aujourd’hui, les éditions de la Table Ronde publient Un singe en hiver avec des extraits de dialogues accompagnant les images du film et les photos du plateau. Le résultat est époustouflant, tant le livre est beau, car pour le modique prix de 28 euros, le lecteur a entre les mains de quoi revivre le roman et certains des plus beaux moments du film.

 

De quel singe s’agit-il ?

Ne dit-on pas que la vérité sort par la bouche des enfants ? Ici, la fille de Gabriel, Marie, qui, comme son père, porte bien son prénom, se retrouve à la fin du roman au cœur de celui-ci, puisqu’elle est à l’origine de l’intrigue :

— Je vois que tu portes le chandail que je t’ai envoyé, dit-il sans pouvoir réprimer une intention polémique.

— Tous les jours, dit-elle tranquillement.

Premier mensonge, qui n’en était peut-être pas un, dont il ne possédait pas la clef. Au bout d’une heure, il était déjà débordé ! Avec ce merveilleux instinct des enfants qui savent où frapper, Marie sut se faire plus petite qu’elle n’était, au bon moment :

— Raconte-moi une histoire, dit-elle en se blottissant un peu.

Fouquet ne savait pas d’histoire.

— Inventes-en une. Tu le faisais quand j’étais jeune, insista-elle comiquement.

C’est alors qu’il lui raconta celle du singe en hiver.

— Elle est vraie, dit-il, mon ami de tout à l’heure me l’a apprise, il n’y a pas longtemps : aux Indes, ou en Chine, quand arrivent les premiers froids, on trouve un peu partout des petits singes égarés là où ils n’ont rien à faire. Ils sont arrivés là par curiosité, par peur ou par dégoût. Alors, comme les habitants croient que même les singes ont une âme, ils donnent de l’argent pour qu’on les ramène dans leurs forêts natales où ils ont leurs habitudes et leurs amis. Et des trains remplis d’animaux remontent vers la jungle.

— Il en a vu des singles comme cela ?

— Je crois qu’il en a vu au moins un.

— Le singe imite l’homme, fit-elle machinalement.

— Qu’est-ce que tu dis là ?

— Ce qu’on dit entre camarades pour se faire enrager.

[…]

— Notre forêt approche, dit Fouquet.

 

 

« Albert, ils me font mal aux yeux… »

Ce singe en question est Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo) lui-même. Cette écriture, celle d’Antoine Blondin, est belle, mais les dialogues du grand Jacques Audiard, l’adaptation scénaristique par François Boyer, le regard cinématographique aussi libre qu’intransigeant d’Henri Verneuil et la maestria du tandem Gabin/ Belmondo fait qu’Un singe en hiver soit devenu dès sa sortie, en mai 1962, soit il y a soixante ans, un classique à part entière.

Maintes scènes sont à ce titre mémorables, et comme pour le roman, chaque lecteur à sa page de prédilection et chaque spectateur sa scène préférée. Voici la nôtre, celle du bar, chez Esnault, pour des raisons qui seront longues, trop longues à expliquer :

Scène

 

L’ivresse

Inutile de chercher à trop commenter, encore moins de chercher du sens. Cela vaut autant pour le livre que pour le film. D’ailleurs, comparer l’un et l’autre n’a pas plus de sens : il faut juste lire l’un, regarder l’autre et les aimer tous les deux. Un singe en hiver est avant tout une histoire d’amour, d’ivresse, de poésie et de vie.

L’ivresse

 

De liberté, aussi, et c’est cette liberté qui a permis à Michel Audiard d’imaginer de si beaux, de si mémorables dialogues à partir de la trame narrative du roman et des dialogues d’Antoine Blondin. À ce titre, le film complète le roman et lui assure une pérennité réelle. D’où cette édition, d’où notre amour renouvelé, immodéré et inconditionnel pour cette œuvre.

 

Photo de couverture : Portrait du romancier et journaliste français Antoine Blondin, réalisé dans son bureau en 1955. © AFP/UPI PHOTO

Une réflexion sur “Un singe en hiver : le retour par Hyacinthe

  • 19 juin 2022 à 2 h 45 min
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    Comme toujours yacinthe excelle dans l’art de convaincre par ses commentaires et analyses des produits qu’il nous présente . Dommage qu’il ne nous ai pas toujours possible de consulter ces documents !

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