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Souffle inédit


… Et c’est parce que je n’ai pas le temps que je vais prendre le temps ! / Mouna El Gaied

… Et c’est parce que je n’ai pas le temps que je vais prendre le temps ! / Mouna El Gaied

  Dans les sociétés qui sont les nôtres, nous sommes souvent en course pour accomplir différentes tâches, missions, projets relevant de la vie personnelle et professionnelle. Nous sommes soumis-e-s à des rythmes effrénés et tournés vers la performance et le résultat dans un environnement saturé d’objets, d’informations et stimuli divers et variés. Il nous arrive

 

Dans les sociétés qui sont les nôtres, nous sommes souvent en course pour accomplir différentes tâches, missions, projets relevant de la vie personnelle et professionnelle. Nous sommes soumis-e-s à des rythmes effrénés et tournés vers la performance et le résultat dans un environnement saturé d’objets, d’informations et stimuli divers et variés. Il nous arrive même d’oublier pourquoi nous courons tant la course est devenue la règle. Nous continuons à courir même quand la situation ne le nécessite pas. Autrement dit, nous sommes tellement conditionné-e-s à courir que nous perdons la capacité de nous poser et de ralentir.

 

Dans son ouvrage Les Chakras, Roues de la vie, Anodea Judith attire notre attention sur le fait que « lorsque l’on met illégitimement l’accent sur un niveau particulier (des chakras), c’est qu’il existe un besoin fondamental qui n’est pas satisfait » (Judith, 2018, p. 362). Toujours selon cette auteure, le matérialisme mis en avant dans nos sociétés vient remplacer la sacralité de notre lien avec la terre, par ailleurs oublié. Notre mal-être et obsession à vouloir atteindre la sécurité par des impératifs financiers seraient donc, le résultat d’un manque d’ancrage et d’une compensation culturelle face à l’absence d’une déesse, celle de « la mère nature ».

 

Le stress[1] devient un mal chronique engendrant pathologies et dysfonctionnements. J’ai compris à travers mes différentes lectures et découvertes sur le sujet, qu’une grande majorité de personnes sont en sur sollicitation de leur système nerveux sympathique[2] activé pour assurer la survie au détriment du système parasympathique[3] assurant le retour à l’équilibre. En effet par l’activation constante de notre mental, nous oublions de nous recentrer pour aller au « bon endroit » en nous-mêmes. Un endroit dont parlait déjà l’empereur philosophe stoïcien Marc Aurèle[4] et à partir duquel nous pouvons agir de la manière la plus juste. Cet empereur philosophe soulignait « l’importance de reconnaître que si parfois les choses de la vie dépendent de nous, parfois elles n’en dépendent pas. Cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut se résigner aux difficultés que nous ne contrôlons pas, mais plutôt que le mental peut nous rendre parfois la vie plus difficile » Claire Brown (article Se poser au cœur de l’action, Esprit Yoga, N°62). Ce mental agité navigue entre les angoisses de l’avenir (l’anxiété) et les regrets, amertumes, blessures du passé (l’état dépressif). Or sommes-nous réellement si menacé-e-s et en danger de survie pour nous sentir si stressé-e-s ? Pourquoi stressons-nous autant ?

 

Les réponses ne sont pas si simples à trouver, mais il est clair qu’une chronicité du stress liée au rythme de vie et à la pression qui va avec (une pression qui peut également provenir de notre héritage familial, notre éducation, les peurs transmises, les émotions véhiculées d’une génération à une autre sans oublier que la famille fonctionne à l’image de la société et intériorise ses valeurs, tabous et contraintes)[5], est derrière cet état de dysfonctionnement (le mauvais stress) devenu phénomène de société et qui expliquerait aussi l’intérêt grandissant pour les activités permettant de retrouver un mieux-être (yoga, activités sportives, activités artistiques, etc.). Il est clair aussi que c’est parce que nous n’avons pas le temps de nous poser que nous stressons et que nous stressons parce que nous ne nous posons pas ou très peu.

 

Ce cercle vicieux nous fragilise grandement parce qu’il nous maintient dans cette course à la survie pour notre cerveau et nous empêche de vivre une vie épanouie sur le chemin du développement. En d’autres termes, nous sommes en mode « résolution de problèmes pour limiter les dégâts » plutôt qu’en mode « je vis l’instant présent et profite de mon existence pour apprendre et grandir ». Cet engrenage nous emprisonne et nous prive de notre liberté d’agir et de choisir car comment pouvons-nous agir et choisir quand nous sommes en mode de survie, écrasé-e-s sous le rouleau compresseur de nos existences surchargées ? Comment pouvons-nous être pleinement vivant-e-s si nous oublions de nous brancher au courant de la vie qui se déroule dans le ici et le maintenant[6] ?

 

Sous le poids de la pression, de la peur de ne pas y arriver et celui du jugement et de la compétition qui sont des valeurs phares de nos sociétés, nous ne faisons que subir notre existence. Face à cette problématique et en prenant conscience que nous sommes pris-e-s au piège dans ce cercle qui peut devenir infernal (dépression, burn-out, pathologies physiques chroniques, agressivité, etc.), il devient important de comprendre ce mécanisme et de le « déjouer », transformer cette menace en opportunité pour « grandir » peut-être de façon progressive, le temps d’instaurer de nouvelles habitudes et de faire le tri dans sa vie, en considérant le manque de temps comme indicateur et signe que notre vie est saturée et qu’il est nécessaire de revenir à l’essentiel : prendre le temps de respirer, de vivre, de choisir, de profiter, de se poser pour mieux redémarrer. Ghandi avait si bien formulé cette nécessité de ralentir quand tout s’accélère : « Je suis très occupé aujourd’hui, je vais méditer une heure de plus ». Il devient nécessaire de prendre le temps de se démarquer de cette folle pression qui nous assujettit, voire s’organiser pour contribuer à générer un nouveau modèle de société par un mouvement plus large et une prise de conscience collective que nos vies sont sacrées et qu’il est temps de les faire valoir au-delà des freins, des obstacles et de toutes les formes de domination qui nous aliènent et nous coupent de nous-mêmes car quand nous reprenons le contrôle de nos vies, nous pouvons agir en conscience et comme le dit si bien Claire Brown dans son article Se poser au cœur de l’action (Revue Esprit Yoga, N°62) « Quand nous savons nous poser, nous savons agir. Se poser devient alors l’art de savoir quand agir et quand ne pas agir ».

Et c’est parce que je n’ai pas le temps que je vais prendre le temps !

 

Mouna El Gaied

Maîtresse de Conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, elle est également professeure de yoga et « chercheuse universelle » au-delà des cases et des frontières …

 

 

 

[1] A différencier « du bon stress » qui est un état d’adaptation du corps pour garantir sa progression.

[2] Réaction au stress (alerte) pour gérer les situations où notre sécurité serait en jeu.

[3] Responsable de la relaxation, système permettant le retour à l’état de repos.

[4] Marc Aurèle est un empereur, philosophe stoïcien et écrivain né à Rome en 121 et mort à Vindobona en 180 (Source : https://www.les-philosophes.fr).

 

[5] Un travail de conscientisation des héritages émotionnels, transgénérationnels peut aider à sortir de ce cercle de « souffrances » et qui peut se faire notamment à travers des séances de Kinésiologie ou autres techniques de libération holistique.

[6] Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, J’ai lu, 1999.

 

Tableau de couverture : Agathe Siebert

 

 

 

1 comment
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1 Comment

  • TEIRLIJNCK RITA
    25 octobre 2021, 12 h 12 min

    Super Mouna !! 👍👌🙏💖

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