Mansour Khelifa publie Le procès de mon père, un roman inspiré par ses souvenirs d’enfance et son histoire familiale. Dans cet entretien, il revient sur cet ouvrage qui mêle récit romanesque, éléments autobiographiques et hommage personnel.
Mansour Khelifa, la littérature : un travail de mémoire
Les jeudis littéraires d’Aymen Hacen
Mansour Khelifa, Professeur de littérature anglaise à la retraite, a enseigné pendant de nombreuses années à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse. Spécialiste des œuvres de D. H. Lawrence et de George Orwell, entre autres, il a traduit vers le français Le vestibule des fantômes, de son compatriote le journaliste Maher Abder-Rahmen. Il vient de publier un roman, intitulé Le procès de mon père.
A.H : Angliciste de formation, vous écrivez en français, langue vers laquelle vous traduisez également. Pourquoi ce choix ? Pourquoi ne pas écrire et traduire vers l’anglais ?
Mansour Khelifa : En effet, malgré ma formation d’angliciste, je dirais que la langue de Molière se prête d’une manière plus nuancée et plus expressive à l’écriture qui s’est imposée à moi dès mon jeune âge. Je me souviens qu’au lycée déjà je scribouillais des bribes de poèmes que je montrais à mon professeur de français. Mais bien sûr, si j’ai le temps je traduirai mes textes en anglais et pourquoi pas en arabe aussi.
A.H : Vous semblez également avoir une prédilection pour l’édition numérique. Pas d’éditeur réel, donc. Pourquoi ce choix ?
Mansour Khelifa : C’est vrai, mon roman Le procès de mon père – et deux nouvelles : « Yves Saint-Martin [un marginal à Bordeaux] » et « Le Hara qui rit » – sont publiés par Amazon où l’on peut commander des copies numériques, mais en papier aussi. À vrai dire, ce sont mes enfants qui m’ont suggéré l’édition numérique chez Amazon. Ils m’ont aidé à publier mes écrits sur cette plate-forme après que j’ai décliné des offres d’éditeurs français dont les éditions s’étaient avérées du style participatif ou à compte d’auteur, ce qui ne m’intéressait pas du tout. J’espère pouvoir me faire publier en Tunisie par des éditeurs de renom.
A.H : Le procès de mon père est un texte particulier. Oui, il est problématique à bien des égards, notamment avec le post-scriptum qui vient clôturer l’avant-propos : « P.S. : Dans ce roman inspiré de l’expérience de l’auteur, “Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence.” »
De quoi s’agit-il exactement ? Est-ce un roman, une fiction ou une autofiction ?
Mansour Khelifa : Votre question est capitale, mais difficile. Elle suscite une réponse nette sur le genre de mon texte. Or, quand j’ai commencé à écrire ce qui allait être Le procès de mon père, j’étais motivé par une multitude d’idées et d’émotions. D’abord rendre hommage à un père victime de la répression politique et à une famille atypique qui a souffert des conséquences de cette injustice. Pour retracer les événements de cette histoire, tantôt dramatique tantôt loufoque, j’ai essayé de les revoir à travers les yeux d’un enfant de dix ans.
Alors, est-ce un roman semi-autobiographique, une fiction inspirée de faits et de personnages réels, ou une autofiction familiale ? Je pense que plusieurs aspects de tous ces genres-là se mêlent dans mon livre.
A.H : Le procès de mon père se compose de 43 chapitres portant chacun un sous-titre. Est-ce voulu ? Comment avez-vous procédé pour l’écrire ? Comment travaillez-vous en général entre travaux de recherche académique, traduction et écriture de création ?
Mansour Khelifa : Le nombre 43 est un pur hasard. Mais les sous-titres sont voulus et même recherchés, vu leur signification dans l’histoire narrée. Concernant la répartition de mon temps entre travail académique et écriture romanesque, la question ne s’est point posée pour moi, car j’accomplissais mes tâches de professeur normalement ; et je n’ai commencé Le procès de mon père qu’après la retraite. Mais je portais la genèse de ce texte en moi depuis m’attendre enfance, sans doute.
A.H : Si vous aviez la possibilité de tout recommencer, quels choix feriez-vous ? Si vous deviez choisir entre vous incarner ou vous réincarner en un mot, un arbre ou un animal, lequel seriez-vous à chaque fois ? Enfin, si un seul de vos textes devait être traduit dans d’autres langues, en arabe par exemple, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?
Mansour Khelifa : Si j’avais la possibilité de tout recommencer, je ferais les mêmes choix, je pense.
Si je devais me réincarner en un mot, je serais Justice ; en un arbre, je serais un olivier ; quant à l’animal, je serais un berger allemand.
Si un seul de mes textes devait être traduit en arabe par exemple, je choisirais Le procès de mon père, sans hésiter, car il est au plus près de mon cœur et plonge dans mes souvenirs d’enfant.




