Ismahen Khan invitée de Souffle inédit

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@ Ismahen Khan

Poétesse et nouvelliste tunisienne, Ismahen Khan écrit depuis plus de quarante ans entre prose, vers libres et haïku.

Ismahen Khan « Les poètes peuvent apporter un rayon de lumière dans ce monde tumultueux. »

POÈTES SUR TOUS LES FRONTS

Par Lazhari Labter
Écrivain

Sans visage et vivant
Il ébauche ses rêves
À l’occasion il voyage
Dans nos vies et ailleurs
Sans âge – le poème

Sous le nom de plume d’Ismahen Khan, Amel Ladhibi Chadly, poétesse et nouvelliste tunisienne, a enseigné la littérature et la langue française dans le secondaire avant de prendre sa retraite. Elle publie en 1980 ses premiers poèmes en vers libres dans des journaux tunisiens comme le quotidien La Presse et en France dans la revue La porte des poètes ainsi que dans d’autres revues d’autres pays. Durant trois ans, de 1996 à 1999, elle anime un Club de poésie pour des jeunes élèves.

En 2000, elle obtient pour sa nouvelle « Le désert de mes silences », le prix de la nouvelle pour la Tunisie, prix attribué par le Forum Femmes Méditerranéen, l’association féministe française composée de femmes de diverses origines sociales et culturelles notamment des femmes migrantes.

En 2001, elle est la première femme   tunisienne à éditer un recueil sur Internet sous le titre Mélopée des rives blessés.

À la suite de la perte d’un frère, elle s’astreint au silence et ne retrouver le verbe que quinze ans après sa mort, en choisissant le haiku qu’elle découvre sur le tard et qui lui permet de s’exprimer avec peu de mots.

Depuis 2017, elle enchaîne les participations à des recueils collectifs comme Secrets de femmes, publié en France sous la direction de Daniel Duteil, en 2018 À toi mon cerisier en fleur, sous la direction de Maria Doina Tudor, en Roumanie, en 2019, à une anthologie de poètes maghrébins intitulée 100 poètes pour l’Union du Grand Maghreb, réalisée par le ministère de la Culture et de la Communication du Maroc, en 2021, elle participe avec dix poèmes à un recueil collectif Nos mots nous réunissent sous la direction de Monia Ballazi, qui réunit plusieurs poètes tunisiens et la même année au recueil de haikus Tissage et haikus sur le fil en France, et puis avec 103 autres poètes du monde et des cinq continents à Kaléodoscopie avec un texte en prose poétique, toujours en France.

Depuis 2018 à ce jour, Ismahen Khan publie avec des poètes de diverses nationalités dans des anthologies de haïkus des Sajiki internationaux où ses écrits sont sélectionnés et traduits en japonais, par Nagata Mitunori et Mine Mucose de L’Université de Haïkus Column où l’on enseigne ce genre de poésie. Ses écrits en arabe et traduits en anglais sont aussi dans des anthologies de Gogyoshis, réalisées par Taro Aizu chaque année depuis 2018 et réunissent des haijjins du monde entier.

L.L. : J’aime bien commencer mes entretiens pour cette rubrique du Média digital d’art et de culture en ligne « Souffle Inédit » avec la convocation d’un souvenir. Que représente pour toi cette photo que tu as publié le 27 juin 2019 sur ta page Facebook ?

Ismahen Khan

Ismahen Khan : Toute la fierté d’être née dans un pays qui s’appelle Tunisie et qui dès ma naissance m’a donné mes droits d’être humain à part entière. 

L.L. : Poétesse et nouvelliste, tu as commencé par publier des poèmes il y a plus de quarante ans et tu continues d’en partager sur ta page Facebook, mais tu n’as jamais publié de recueils de poésie. Pour quelle raison ?

Ismahen Khan: Il est vrai que tous mes poèmes et mes textes ont été publiés sur Internet ou dans des recueils collectifs en Tunisie, au Maroc, en France, en Roumanie et au Japon, mais des versions papiers sont en préparation et devraient voir le jour bientôt.

L.L. : Tu as choisi de mettre en exergue dans ton profil de ta page Facebook, ce célèbre vers du grand poète résistant français René Char, « Ils disent des mots qui leur restent au coin des yeux », tiré de son recueil Fureur et mystère. Pourquoi ce choix et que suggère pour toi cette phrase belle et énigmatique ?

Ismahen Khan: Comme dans les contes, je suis née prose et poésie à la fois et René Char est l’un de mes poètes français préférés avec beaucoup d’autres comme le poète tunisien Abou el Kacem Chebbi, les poètes arabes Badr Shakir al-Sayyab, Mahmoud Darwich, May Ziadé et Ghada al-Samman.

L.L. : Tu as obtenu en 2000 pour ta nouvelle « Le désert de mes silences », le prix de la nouvelle pour la Tunisie, prix attribué par le Forum Femmes Méditerranéen. Que représente pour toi ce prix et quel impact a-t-il eu sur ton écriture ?

Ismahen Khan: Quand on écrit on a besoin de reconnaissance et ce prix est pour moi une reconnaissance de mes écrits.

L.L. : À partir de 2017, tu t’es tournée vers le haiku, ce poème d’origine japonaise qui concentre en très peu de mots tout un monde, que tu pratiques avec bonheur D’où t’est venu cet engouement pour un art poétique venu du pays du Soleil Levant ?

Ismahen Khan: Après quinze ans de silence, je n’ai écrit qu’une phrase après le décès de mon feu frère : « Plus fragile qu’un coquelicot tu meurs ». Et je voulais, avec l’âge, aller dans l’économie de mots et m’exprimer tout simplement. J’ai rencontré le haïku et c’était pour moi une découverte et depuis je suis devenue une adepte fidèle de ce genre d’écrit.

Ismahen Khan

L.L. : As-tu une idée de la place qu’occupe aujourd’hui la poésie écrite en français dans la littérature tunisienne ?

Ismahen Khan: À mon avis le paysage littéraire tunisien est sì riche et varié en culture et en langue française. La littérature tunisienne modulée en français reste toujours une littérature tunisienne et elle a toujours une place importante incarnée par les grands poètes qui sont de renommée mondiale et connus dans l’espace francophone comme Hedi Bouraoui, Tahar Bekri, Amina Said, Moncef Ghachem et tant d’autres.

Ismahen Khan
De gauche à droite : Mesdames Fethia Brouti, ancienne professeur de français et de littérature francophone à l’Union des écrivains tunisiens, Sihem Hasni, professeur universitaire et romancière, Rimel Bourkhis professeur universitaire de français et poete et Ismahen Khan à l’Union des écrivains tunisiens lors d’une présentation d’un recueil de poésie de haikus.

L.L. : Que peuvent selon toi les poètes et la poésie dans un monde qui résonne des bruits de bruits de bottes, où la force prime le droit et où la laideur supplante la beauté ?

Ismahen Khan: Les poètes peuvent toujours apporter ce rayon de lumière dans ce monde si tumultueux. Suivons l’exemple du colibri du conte de pierre Rabhi.

Poèmes choisie

Sahara

Quant à la recherche
De ce moi multiple
J’erre…
Dans ces étendues dorées
Je me pavane
Tel un vent du sud
Mes grains de sable
Crissent à chaque
Instant ma mémoire
Voyage
Elle habite ces troglodytes
Fraîcheur des millénaires
Vestiges de mes racines

Je ne suis que cette Afrique
Que la chaleur du soleil
Embrase et colore
Une statue de bronze
Une statue de sel
Aussi

À cette source généreuse
Je dois ma richesse
Ma générosité
Réconciliation
Harmonieuse
Toutes les histoires
De mon pays
Se succèdent
Et l’histoire
Nous écrit
Maghrébins

Fais de beaux rêves

Mon enfant… la nuit
S’éclaire de ton sourire
Et l’avenir est semé de
Ces lendemains que tu attends

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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.