Avec Liberté ad libitum, Suzanne Dracius affirme une poésie engagée, portée par la mémoire, la liberté, la créolité et la défense de la dignité humaine.
Suzanne Dracius, Liberté ad libitum 2026
Par Michel Bénard
En rien je ne masquerai ma satisfaction de recevoir à nouveau en notre siège de la Société des Poètes français une grande dame de la poésie et des lettres, non seulement autrice mais actrice assidue dont beaucoup même ici n’imaginent pas et n’ont pas conscience de l’action vraie, profonde et permanente que mène tous azimuts Suzanne Dracius.
Son acte majeur se situe entre la France et la Martinique sa chère île natale. Mais elle est présente sur toutes les scènes de la culture, comme professeure de lettres classiques et auteure sur bien d’autres pays par le monde et également aux Etats Unis où elle enseigna aussi.
Rassurez-vous, je ne m’engagerai pas sur sa vaste biographie, poétique et romanesque, voire essayiste de notre amie qui fut couronnée par de prestigieux prix littéraires, rapidement je cite, le Prix Virgile au Cénacle européen Léopold Sédar Senghor, le prix Jacques Raphaël Leygues à la Société des Poètes français, le prix Fetkann, Prix du premier roman avec L’autre qui danse publié chez Seghers etc.

Elle revendique son sillage et porte la mémoire des acteurs du mouvement littéraire de la négritude tels que Léopold Sédar Senghor, Aimé et Suzanne Césaire, Léon Damas, David Diop, Edouard Glissant, René Maran, Edouard Joseph Maunick, René Depestre, Martial Sinda, Barnabé Laye etc.
Son crédo est de ne jamais oublier les défricheurs, les prédécesseurs, ceux qui ont payé souvent chèrement le poids de la négritude et le rêve de liberté. La poésie est une dame bien exigeante et capricieuse.
Suzanne Dracius est une militante active loin de tout sectarisme, une combattante qui rejoint les grandes voix de la littérature d’Outre-Mer. Elle défend toujours l’identité de sa créolité.
Nos rencontres annuelles sont devenues de véritables rituels.
Après les lancements de De grâce, de Volcaniques etc… voici Liberté Ad Libitum ; cette liberté tombe à point, car nous la sentons de plus en plus menacée, c’est pourquoi nous devons de plus en plus la préserver avec notre cœur et nos modestes moyens.
Pour Suzanne le simple fait de mettre en chantier une anthologie représente un engagement et une monopolisation immense, car avant la présentation de l’ouvrage abouti cela représente une somme de travail fabuleuse dont je vous épargnerai les détails. Mais croyez-moi pour mener à bien une telle tâche il est nécessaire de faire preuve d’une belle opiniâtreté.
Dans un monde en perte de sens, si nous n’y prenons pas garde, par une deshumanisation liée à l’I.A où nous risquons bien vite d’être surpassés par les humains augmentés, les robots et autres humanoïdes, le transhumanisme est en marche, certains inconscients s’en réjouissent, ils en seront les victimes demain, d’autres plus sages s’en inquiètent. Les poètes appartiennent, je le pense, à cette catégorie.

Suzanne Dracius ne perd pas son temps à s’admirer le nombril, elle va bien au-delà, avec beaucoup d’empathie s’ouvre et partage avec les autres. Si elle n’était pas dans la mouvance de cet esprit vous ne seriez pas là aujourd’hui.
Elle porte haut la bannière de la défense de la femme encore trop souvent victime de la phallocratie, du racisme, de l’iniquité, petit clin d’œil au passage vers les pétroleuses de sa pièce Lumina Sophie dite Surprise.
Voilà, Suzanne Dracius est bien en cela un exemple permanent d’altruisme.
« Femme debout sur fleurs haut levées,
Ecarlates, écartelées,
Bien plantées, fermement campée
Dans la confusion de tes sangs. »





