Avec Puma, Caroline Coppé donne voix à l’homme habité

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@ Caroline Coppé

Dans Puma, Caroline Coppé raconte le chant fragile d’un homme qui cherche sa place parmi les vivants tandis que le monde visible se peuple de présences invisibles.

L’homme habité

Par Grégory Rateau

Puma de Caroline Coppé

On a inventé des mots, des diagnostics, des protocoles. On a construit des murs blancs, distribué des pilules, rangé les voix dans des dossiers. Puis on s’est cru débarrassés du problème. Puma (Tarmac) vient tout gâcher. Le récit de Caroline Coppé rend la parole à un homme que tout le monde a cessé d’écouter. Et soudain la folie ressemble à une solitude. À une blessure ouverte au milieu de la famille. À quelque chose qui nous regarde depuis longtemps tandis que nous détournons les yeux.

Puma de Caroline Coppé

La littérature adore les fous à condition qu’ils restent sages. Qu’ils deviennent personnages, symboles, métaphores. Qu’ils se tiennent tranquilles entre deux couvertures. Théodore, lui, refuse le marché. Il débarque avec ses morts, ses bêtes, ses voix, ses visions. Il empeste le réel.

On le suit dans ses chambres provisoires, ses studios mal chauffés, ses déménagements à répétition. Il achète une plante, range une assiette, cire un parquet comme d’autres s’accrochent à une bouée. Autour de lui, le monde se fissure. Les morts s’invitent à table. Les mouches délivrent des messages. Les animaux deviennent des frères de sang. Puma veille au pied du lit.

Caroline Coppé colle son oreille contre le mur. De l’autre côté, Théodore parle. Elle ne traduit rien. Elle laisse monter les voix, les bêtes, les fantômes, les éclats de lumière. Toute cette matière brûlante dont nous avons pris l’habitude de détourner les yeux.

Ce qui bouleverse ici, c’est la douceur. On s’attend à la violence, au vacarme, à la démesure du délire. On rencontre une voix qui cherche un endroit où déposer son cœur. Une voix peuplée d’oiseaux, de cafards, de souvenirs familiaux, de solitude et d’amour. Beaucoup d’amour. Celui d’un frère, d’un fils, d’un homme qui voudrait simplement trouver sa place parmi les vivants.

Le livre tourne parfois autour de ses propres obsessions. Les ancêtres, les mouches, les animaux tutélaires, Dieu reviennent comme les vagues d’une mer intérieure. Certains passages gagneraient à être resserrés. Mais cette répétition finit par produire son propre envoûtement. Elle nous installe dans le rythme même de la pensée schizophrène, dans ses retours, ses détours, ses blessures jamais refermées.

Théodore demeure longtemps après la dernière page. Sa voix continue de circuler entre les murs, parmi les oiseaux, les mouches, les morts. Et l’on se demande soudain combien de vies ont été ensevelies sous le mot « folie ».

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Grégory Rateau Grégory Rateau lauréat du prix Renée Vivien 2023 de poésie et de littérature
Journaliste Littéraire
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Poète et critique littéraire