Françoise Urban-Menninger : écrire l’amour et les souvenirs

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@ Françoise Urban-Menninger

Née et vivant en Alsace, Françoise Urban-Menninger a publié une trentaine de recueils de poèmes et de nouvelles. Entre amour, désir, mémoire et musique des mots, la poète construit une œuvre où les émotions intimes rencontrent les images de la mer, du corps et de la nature. Ses derniers recueils, dont Un déjeuner de soleil, paru en août 2026 aux éditions Astérion, prolongent ce travail d’écriture.

Françoise Urban-Menninger : quand l’amour devient poème

Par Monia Boulila

Poèmes choisis

Ces yeux-là

Ces yeux-là n’appartiennent qu’aux hommes de la mer. Ils en prennent tout le bleu et conservent dans leurs stries, la mouvance des vagues, des vents et des marées.

Ces yeux-là vous emportent l’âme sur un navire en dérade et vous partez, île flottante, sur d’exquises banquises, où un peu ivre d’être marquise, vous découvrez qu’à l’infini, l’horizon sans cesse se renouvelle.

Ces yeux-là sont eux-mêmes l’horizon. Ils le limitent et le cernent dans l’essence même d’un bleu plus bleu que l’azur, plus profond que l’océan sans fond.

Ces yeux-là transcendent l’espace et le temps dans l’éternité d’un regard unique, jeté au-delà de lui-même, telle l’ancre d’un navire.

Ces yeux-là sont poésie et poèmes.

Ils témoignent de la lumière portée au-delà des astres et des planètes sur d’autres galaxies.

Ces yeux-là  plus céruléens que nos ciels de terre ont vu et se sont écarquillés sur d’autres cieux. Ils en ont pris la couleur, en ont capté les teintes, la magie et tout le magnétisme.
Ces yeux-là, s’ils ne nous entraînent pas dans la danse infime d’une myriade d’étoiles, à peine perceptible par un œil humain, ces yeux-là, vous noient, à n’en pas douter dans l’encre des mots, où vous couchez, un soir d’ennui, votre rêve de papier.

Nos ombres oblongues

Nos ombres oblongues
sur la plage s’allongent
la mer en jupe froissée
plisse sa peau bleue
sous les lèvres du ciel
et quand le soleil se penche
sur la courbe de ses hanches
je sens au fond de moi
un rien de tendresse
qui me jette dans tes bras

Le calice de nos lèvres

Tu me prends debout
dans l’arche
de mes hanches

La pluie a défait
le filet de mes reins
sous la vague de ton corps

Et nous buvons
la mer entière
dans le calice de nos lèvres

Vertige

Lorsque tu me bascules
sur mon vertige
toutes les fleurs sur leur tige
ouvrent leurs opercules

Il y a dans le ciel
un tel désir bleu
que notre amour radieux
vibre comme un appel

Il traverse nos corps
défie la terre entière
nous tient dans sa lumière
pour nous étreindre jusque dans notre mort

La musique de ton corps

La musique de ton corps
me pianote
sur le clavier
de mes reins

La musique de ton corps
me violone
sur les cordes
de mon cœur

La musique de ton corps
me harpe
sur la portée
de mes hanches

La musique de ton corps
me arche
dans le concerto
de mes sens

La musique de ton corps
m’orchestre
dans la symphonie
d’un amour infini

La vie en rose

Dès que j’entends cette chanson
que reprenait autrefois
ma mère dans sa cuisine
« ça me fait quelque chose »

Avec ses lèvres rouge carmin
devant le linge à repasser
elle égrenait le refrain glamour
interprété par Édith Piaf

« Quand il me prend dans ses bras
qu’il me parle tout bas
je vois la vie en rose
il me dit des mots d’amour »

La voix de ma mère réenchantait
les murs de la petite maison de cité
pour se poser tel un oiseau
sur mon cœur qui palpitait

Aujourd’hui encore cette chanson
« avec ses mots de tous les jours »
ramène dans la maison du poème
ma mère une rose à la main

L’enfance de l’art

Un homme rencontre une femme ou l’inverse
et tout est dit dans le premier regard
rien d’autre n’existe que ce désir
auquel ils restent suspendus
entre ciel et terre
entre vie et mort

Une femme rencontre un homme ou l’inverse
et tout toujours recommence
comme à la première page
du premier livre

Un seul regard suffit
et le monde se met en marche
inéluctablement
car l’amour tout simplement
vient de naître
de l’enfance de l’art

Françoise Urban-Menninger

Françoise Urban-Menninger
@ Françoise Urban-Menninger

Née et vivant en Alsace, Françoise Urban-Menninger a publié une trentaine de recueils de poèmes et de nouvelles. Présidente de la commission littéraire de l’Académie rhénane, elle est également critique littéraire pour Exigence : Littérature et écrit pour la revue électronique Le Pan Poétique des Muses. Elle organise des événements littéraires et participe à des colloques en France et à l’étranger. En 2006, elle a représenté la France à Izmir, en Turquie, dans le cadre de la Semaine internationale de la francophonie.

Derniers ouvrages :

Un déjeuner de soleil, poèmes, éditions Astérion, 2026
L’heure du thé et autres nouvelles, éditions Astérion, 2025
La mémoire poétique, poèmes, éditions Astérion, 2025
La musique des roses, poèmes, éditions EDBH, 2024
Renaître dans le poème, poèmes, éditions Astérion, 2024
L’âme du jour, poèmes, éditions Astérion, 2022

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Monia Boulila
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Poète, traductrice et rédactrice web.