Dans ce deuxième texte de la série Ce qui arrive au manuscrit, Selma Guettaf raconte l’histoire d’un manuscrit qui plaît à une maison d’édition, passe par des réécritures et semble proche de la publication. Mais le contrat d’édition n’arrivera jamais.
Un manuscrit accepté, des réécritures… mais le contrat d’édition n’est jamais arrivé
Par Selma Guettaf
Avant ce nouvel envoi, il s’était passé quelque chose d’étrange. Je vais tenter de le retranscrire en mots ici.
Ces dernières années, quand j’envoie un manuscrit à une maison d’édition, la question que je me pose n’est plus tellement : est-ce que je me vois dans cette maison ? Je me demande plutôt : est-ce la bonne maison pour ce que j’ai raconté dans ce livre ? Bien sûr, si c’est la bonne structure pour le texte et que tous mes futurs textes peuvent également y trouver leur place, ce serait formidable. Mais je trouve que je cherche mieux comme ça : je cherche la ligne éditoriale qui rejoint ce que j’ai écrit à cet instant, pas nécessairement une maison qui serait censée me correspondre, moi, une fois pour toutes.
Je ne dis pas que j’ai trouvé la méthode pour décrocher des contrats éditoriaux. Je dis simplement que je procède ainsi et que ça a au moins le mérite de faciliter mes recherches.
« Mes recherches »…
Entre-temps, j’ai signé avec une agence littéraire. Théoriquement, ce n’est donc plus vraiment moi qui cherche. Nous établissons ensemble un document avec les maisons susceptibles de correspondre au texte.
N’empêche que j’ai dit un jour à mon agent : « J’ai le sentiment que ça marche bien quand l’auteur contacte directement la structure ».
C’est ce que j’avais fait avec une maison qui m’intéressait particulièrement. Une maison plutôt connue, dont je tairai le nom.
Et là : miracle. Quelques jours après mon envoi, on me contacte. Le manuscrit plaît. L’éditeur se sent concerné par le texte. Très vite, on parle diffusion, rendez-vous, festivals… Tout ce que j’aime dans la littérature. J’aime écrire. J’aime dédicacer. J’aime regarder le visage des gens qui lisent. J’aime aussi regarder le visage de quelqu’un qui tient l’un de mes livres et semble penser : ce livre m’est peut-être destiné. Dans ces moments-là, j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose de beau dans ma vie.
C’est assez paradoxal parce que, pendant l’écriture, je me sens terriblement paumée.
Il faut savoir une chose : il n’y a presque eu aucun échange écrit avec la maison d’édition. Que des appels téléphoniques.
D’ordinaire, je suis plutôt carrée. J’ai besoin de traces, de mails, de choses posées noir sur blanc. Là, j’étais impressionnée. J’ai pensé : maison reconnue, quel risque y a-t-il que tout cela cesse ?
À ce moment-là, mon agent était absent. J’étais seule. J’ai entamé avec la maison d’édition des réécritures. Et Dieu que j’aime ça. Quand on travaille avec les bons professionnels, une demande de réécriture peut conduire un manuscrit vers des endroits qu’on ne soupçonnait même pas. Le problème n’était absolument pas de retravailler le texte. Le problème, c’était que je faisais tout cela en attendant un contrat.
Le contrat devait arriver.
J’attendais le contrat.
Le contrat n’est jamais arrivé.
À la place, un vendredi soir, j’ai reçu un message vocal. En substance : finalement, nous n’allons pas donner suite.
Bien sûr, les refus font partie de la vie d’un manuscrit. Mais là, c’est sans doute ce qui se sidérait : je n’avais pas l’impression d’attendre une décision.
Je ne raconterai pas tous les détails ici. Mais des mois plus tard, je continue de trouver cette histoire étrange. Et je crois qu’elle m’a appris quelque chose que je savais pourtant déjà : dans l’édition, tant que le contrat n’est pas signé, le livre n’est pas signé. Même quand on parle de ce qui viendra après.




