Peintre attaché à la nature, aux couleurs et à la liberté artistique, Claude Mescouli (1940-2023) a construit une œuvre personnelle, empreinte de poésie et de lumière.
Claude Mescouli, un peintre libre entre poésie et lumière
Par Michel Bénard
« Il pose son pinceau de lumière sur le fond silencieux d’un ciel de rêve. » M.B
Claude Mescouli (1940-2023) – Rien ne le prédisposait réellement, à l’origine, à devenir un artiste peintre de renom. Il n’y songeait guère d’ailleurs, car c’est plutôt l’écriture, la poésie, la magie et la magnificence du verbe qui l’attiraient. Néanmoins, coïncidence peu commune, dans son environnement familial immédiat, il lui fut permis de côtoyer régulièrement des écrivains de premier plan, tels Jean Giono, l’auteur de « Regain » et initiateur d’un certain retour à la terre, Maurice Genevoix, remarquable homme de lettres qui rendit un magistral hommage aux poilus, pauvres sacrifiés de 1914 – 1918, dont nous nous souvenons tous « Sous Verdun » ouvrage incontournable sur cet effroyable drame humain, mais qui célébra également la nature dans ses romans. La proximité de tels chantres, n’est pas sans avoir laissé quelques empreintes chez le jeune Claude Mescouli.
Puis comme une béatitude, viendra une rencontre capitale avec le peintre – poète Lucien Jacques, qui sans doute sera révélatrice de la vocation de Claude Mescouli.
Quant aux points de repères, ce sera déjà Pieter Brueghel l’Ancien, Maurice Vlaminck que Claude Mescouli va retrouver, allant même vers l’âge de quatorze ans à les copier, excellente école que celle des copistes. !
Plus tard il portera de l’intérêt à Balthus, Nicolas de Stael, André Bertin et sans doute Pierre Bonnard pour le choix de ses thèmes naturels et ordinaires, ainsi que ses ambiances lumineuses.
Beaucoup ne le savent pas ou l’ont oublié, mais Claude Mescouli fût peintre abstrait dans une période déjà lointaine, mais par honnêteté avec lui-même il préféra rompre avec les bancs de toutes écoles.
A l’époque, il y avait les peintres témoins de leur temps, les peintres de l’angoisse, les chapelles, les manifestes, les peintres singuliers qui voulaient se marginaliser à tout prix, les « ismes » et autres schismes dont il ne reste de l’art le plus souvent que le nom.
Avec sagesse, Claude Mescouli prendra ses distances, car il ne voulait surtout pas appartenir à une école ou un courant, aucune mode aussi éphémère que dérisoire. Alors il décida de ne peindre seulement un univers avec lequel il trouvait des liens, des correspondances. Ses sources voulaient être celles d’un artiste qui n’avait rien d’autres à prouver qu’une certaine idée de la beauté, de l’authenticité. D’intercommunication au travers du spectacle inépuisable et permanant que lui offrait la nature en toutes saisons.
A partir de thèmes simples, il joua sur une large gammes de variations subtiles. Les valeurs chromatiques se déclinaient en nuances délicates, douces, souples, onctueuses, sans dissonance. Claude Mescouli aimait à dire qu’il était un « touilleur » de la couleur. Il aimait les tons rompus, roses grisés, gris bleuté, ocre modéré, carmin intime, une simple touche éclairée, un aplat réveillé, une note lumineuse. L’ensemble donnant toute sa résonance à l’œuvre.
Néanmoins notre ami « touilleur » n’a pas toujours traité ses œuvres dans la lumière éclatante, nous lui avons connu des périodes plus sombres, plus austères, plus engagées, nous invitant peut-être à une réflexion plus profonde, à l’analyse thématique. Les périodes de jeunesse ont toujours leurs phases d’inquiétudes, mais même les plus sombres de ses œuvres furent toujours présentées dans une grande intensité et une forte densité.
Il est impératif de souligner que Claude Mescouli faisait partie de cette catégorie d’artistes qui étaient rares et précieux, de ceux qui possédaient encore un vrai métier de peintre, qui savaient traiter de leur facture personnelle, dans leur écriture identitaire, une œuvre selon les règles de l’art, les techniques, le savoir-faire et à partir de là, il ne restait plus au talent qu’à s’épanouir. Avec notre artiste nous sommes à cette jonction où la noblesse de la main de l’artisan, bascule vers le mystère de la création.
Les œuvres de Claude Mescouli sont imprégnées de poésie, de paix, de silence, elles vibrent dans une tempérance colorée, une musicalité, la pureté de l’espace est omniprésente, le souffle, la respiration, parcourent ses compositions érigées dans un équilibre proche parfois des cubistes similaires de Nicolas de Stael. Cela se retrouve souvent dans ses sujets intimistes, ses scènes intérieures.

Claude Mescouli était de ceux qui ne voulaient pas se laisser emporter par la morosité ambiante, il tenait à demeurer invariablement optimiste, il portait en lui un véritable amour de la vie, il s’extasiait devant un rayon de lumière, une nuance frémissante, un reflet d’eau, il avait conscience d’être un peintre naturaliste, car pour lui la peinture était son plus bel espace de liberté, là où tout devenait possible, les limites s’estompaient, les frontières s’effaçaient.
Il affectionnait également les scènes de rues, les mouvements de foules, les marchés provençaux, les imprégnations lumineuses de l’Espagne, de la Grèce, du Jura et bien entendu de la Champagne.
Oui c’était un authentique rêve de liberté, la touche était fuyante, large, elle s’aventurait parfois vers des inconnus chromatiques. Il jouait de l’effet monochrome pour installer ses plans de silence.
N’oublions jamais que Claude Mescouli se rattachait aux racines, aux parfums, aux aspects simples mais vrais.
« Le ciel prend étonnamment
La transparence d’un Vermeer,
L’âme y puise sa lumière.
C’est un espace de liberté,
C’est une fête pastorale,
Une note de verdure
Dans un berceau de paix et de sérénité. »
Son plus grand bonheur était de pouvoir transmettre un peu de plaisir, un temps de pose, un rythme de vie, un souffle humaniste. Tout simplement égrener un peu de joie et d’amitié avec les copains artistes, ne serait-ce que le temps d’un vernissage ou d’un repas de confrérie.
Lorsque vous vous souviendrez de notre ami, Claude Mescouli, rappelez-vous bien, comme le soulignait Jean Cocteau que : « Derrière une pipe il y a une tête qui pense. »
Michel Bénard
Société des Poètes Français
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
Poeta Honoris Causa du Cénacle européen des Arts et des Lettres.
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