Dans L’Accueil du jour, paru chez Ad Solem, Gérard Bocholier explore les liens entre nature, foi et finitude.
L’Accueil du jour de Gérard Bocholier : quand le poème devient prière
Par Grégory Rateau
Du côté de la lumière
Gérard Bocholier est fidèle à son territoire poétique. Avec L’Accueil du jour, il retrouve un univers familier ancré dans le rythme des saisons et la présence divine. Le recueil explore ces motifs avec une ferveur intacte.

La langue est simple, débarrassée des effets de style. Les vers sont courts, portés par des rimes discrètes : « Tout est donné tout à prendre / Sous l’ondée de ta lumière ». Plus loin, le poète écrit : « Dans le plus infime / Éclot la promesse / Dans la chambre étroite / Grandit l’infini. » Cette écriture s’apparente au cantique. Certains mots clés s’imposent, en particulier « lumière » et « silence ».
Chez Bocholier, la nature possède une signification religieuse immédiate. « La terre abonde en présages », affirme-t-il. Le réel rejoint constamment la figure du Christ, transformant la campagne en un espace de révélation.
Le sacré s’installe au centre du livre. La Parole traverse les pages, mais le poète ramène toujours le divin aux perceptions les plus simples : « Pour te prier / Le bleu suffit / Contre la vitre », puis « L’odeur suffit / De la jacinthe ». La prière s’appuie sur le concret, passant par les sens.
Cette recherche de lumière prend son urgence face à la mort, omniprésente au fil des saisons. « Où serait ta lumière / S’il n’y avait la neige ? » demande le poète. La lumière n’efface pas la nuit, elle y travaille. Toute la foi de Bocholier réside dans cette tension.
Le livre défend une conception traditionnelle de la poésie, loin des ruptures modernes. Bocholier croit au chant, à une parole adressée qui nomme le mystère. Ce choix méthodique assure l’unité du recueil, où la vigne accompagne le cycle du temps sous une lumière convergente.
Au milieu de cette longue méditation, le poème atteint une nudité poignante : « Ton silence a confié / Sa vie à mon silence. » Plus loin : « M’emmèneras-tu avec Toi / Lorsque mes lèvres seront noires ». Le recueil tient dans cette adresse : un homme parle à Dieu face à sa propre finitude. La poésie commence précisément là.
Des graines des brindilles
Le soir livrées aux souffles
Des fumées sur les tertres
Du tiroir aux reliques
Quelques feuilles de buis
S’enfuyant sous un meuble
Sous les ceps des poussières
D’autres dans les éteules
Et ton salut en route
Gérard Bocholier, L’Accueil du jour, Ad Solem, 2025, 96 p, 17 euros.




