Être poète, un acte de vie et de liberté

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@ Michel Bénard

Dans ce texte, Michel Bénard partage sa vision de la poésie et de l’acte d’écrire. Être poète, pour lui, c’est défendre la liberté, la beauté et une certaine manière d’habiter le monde.

Être poète, c’est défendre la vie et la liberté

Par Michel Bénard

Être poète, c’est déjà revendiquer son besoin d’amour profond et d’absolue liberté. C’est devoir le respect à la vie, sous toutes ses formes, c’est oser croire encore en l’homme, malgré les doutes pléthoriques qui peuvent s’installer, c’est tendre vers un devenir plus humaniste, plus authentique et naturel. C’est côtoyer l’utopie d’un rêve jusqu’à ce qu’il devienne réalité. C’est écrire simplement un poème pour que l’on n’assassine plus la beauté. C’est œuvrer pour la vie et la Paix.

La poésie comme un acte de vie

La poésie, l’art, donnent à l’homme l’accès à sa métamorphose.

Là où force est de constater que les religions sont bien obligées de réviser leurs certitudes, que les politiques cherchent de nouvelles cartes du ciel, que tous les systèmes s’étiolent les uns après les autres, que les économistes s’entêtent à creuser l’abîme, que les historiens en perdent leur latin, quant aux sociologues et aux scientifiques, ils sont bien obligés de sans cesse tout reconsidérer pour reformuler les consignes de leurs registres. Et si la poésie, les arts, étaient les derniers bastions sur l’ultime voie d’espérance encore offerte à l’homme ?

Le poète est un enfant de l’esprit qui navigue sur les eaux de l’étonnement et de l’éblouissement dans le jardin des curiosités.

Il se fait quêteur des sens, il possède le regard de la clairvoyance qui pénètre les essences subtiles, il vibre aux appels de l’impalpable et de l’ineffable, mais il sait également devenir l’homme de l’avertissement que révèle l’unité fondamentale de la création depuis le chaos de l’origine, il formule par résonance métaphorique et symbolique ses visions prémonitoires.

Il se métamorphose aussi et devient semeur de mots et rêve à la récolte d’une possible beauté universelle sertie d’amour éternel.

L’objet du langage poétique est lié à celui de la musique, au rythme, vecteur premier d’images qui distillent le rêve.

Parfois il faut peindre les mots que l’on ne peut pas écrire, pour mieux écrire ceux que l’on ne peut pas peindre.

Ce langage se veut essentiellement humaniste, car le « miracle » de la poésie réanime la vie, et c’est peut-être encore ici la seule espérance qu’il reste à l’homme.

La poésie n’est certes pas essentiellement un acte d’écriture, elle est principalement un acte de vie, de partage, d’ouverture.

Être poète c’est vouloir esquisser le profil de l’équité, c’est anticiper sur l’application des droits de l’homme, c’est vouloir contribuer à restituer un peu de beauté, d’essence de rêve, de vision pacifiée.

L’immense poète et penseur romantique allemand Novalis disait : « L’homme, en pensant, retourne à la fonction originelle de son être, à la méditation créatrice ; il revient à ce point où créer et savoir se tiennent le plus merveilleusement embrassés l’un l’autre et en rapports réciproques. »

Avec pour pierre angulaire cette vision, nous devons prendre conscience que le geste d’écriture est un retour aux sources originelles, aux racines mémorielles, un signe initial, c’est décrypter le passé afin de mieux pouvoir ériger un futur que l’on voudrait plus lumineux.

Avec ou sans « Dieu », la poésie incarne cette marche en avant qui contribue à élever l’âme, à renforcer l’esprit, à semer pour une humanité plus vraie, plus saine, plus juste.
Grâce à la poésie nous ne séparons pas, nous ne cloisonnons pas, mais nous relions « religare » et engendrons un contexte d’osmose et d’harmonie.

En opposition à ce que nous vivons hélas aujourd’hui encore, le poète syrien Adonis nous dit que : « La poésie rend la vie sur terre plus belle, moins éphémère, moins misérable. La guerre, lutte collective, relève de l’esprit de troupeau et fait régresser l’homme vers la barbarie et l’inhumanité. »

Par la poésie il nous faut réapprendre l’humilité avec les fileurs d’âmes et les passeurs de prophéties. Une authentique poésie doit être écoutée pour être perçue comme une grande résonance d’airain, celle qui vibre aux tréfonds de l’homme pour réveiller son esprit assoupi.

Cette poésie n’a qu’une signification, celle d’être une révélation qui nous restitue le sens sacré par l’ouverture d’une authentique promesse de liberté.

Il y a dans cette forme de poésie une intention d’imprégnation d’infini et d’éternel.
Ici, la poétesse franco-allemande Rome Deguergue nous rejoint en écrivant des terres intimes, issues simplement du fond de son jardin.
« Remettre les formes, les couleurs d’avant, voyelles de l’enfance laissée en jachère : politesse faite à la terre des temps anciens. »
La poésie est un germe d’amour qui caresse la mémoire du temps, donc celle de l’enfance et une semence qui fertilise l’homme.

Voilà pourquoi nous devons écrire simplement un poème pour que l’on n’assassine plus la beauté !

N’est-ce pas justement sur une utopie que l’on érige les plus beaux édifices, que l’on accueille les plus surprenantes épiphanies, que l’on façonne les plus subtiles œuvres d’art ; présences réelles, éprouvées par l’homme qui ose encore et toujours « habiter la terre en poète », ainsi que l’entendait Friedrich Hölderlin ?

L’acte d’écriture

C’est vouloir par l’approche de la parole, de la mélodie, de la musicalité, retrouver le rythme d’une proximité avec les hommes.
C’est vouloir effacer l’ignorance, être attentif aux différences avec les autres et tenter de mieux les comprendre, de mieux les accepter.
C’est une main tendue vers les fruits de l’espérance.
Et si la poésie était un grand éclat de rire et de bonheur ricochant sur le dôme des nuages noirs de la vie ?
Utopie allez-vous me rétorquer !
Peut-être, mais vous ne m’empêcherez pas de penser que ce sera par la poésie que nous sortirons du désespoir pour aller vers l’amour.
Que ce sera cette poésie qui sera l’acte révélateur qui nous restituera le sens sacré par la conclusion d’une réelle promesse de liberté.
Ici, je laisserai le dernier mot à Arthur Rimbaud, ce poète fabuleux et insaisissable ivre de : «Liberté libre. »

Société des Poètes français

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Michel Bénard
Critique d'art
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Artiste peintre et poète - Chevalier dans l’Ordre des Art et de Lettres