Trois femmes, une histoire du pouvoir : la trilogie romanesque de Nizar Ben Saad mise en débat

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À l’initiative de l’Union des Écrivains Tunisiens, une rencontre s’est tenue le samedi 28 mars 2026 autour de la trilogie romanesque de Nizar Ben Saad, Professeur des Universités et directeur du laboratoire École et Littératures à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse.

Rencontre autour de la trilogie romanesque de Nizar Ben Saad

L’aventure du pouvoir de trois femmes tunisiennes

Par Lobna Abdaoui

Intitulée « rencontre pour l’esprit de conversation », cette rencontre est placée sous le signe d’un partenariat actif entre l’Union des Écrivains Tunisiens d’une part et le Collectif CURA d’autre part. Ce dernier porte en effet son nom : Culture-Université-Recherche-Associations, avec, justement, la conjonction de trois groupes de recherche : la CIREB (Coordination Internationale des Recherches et des Études Brachylogiques), l’ACAM (l’Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens) et QCA (Questions et Concepts d’Avenir).

la trilogie romanesque de Nizar Ben Saad mise en débat

L’initiateur de cette nouvelle rencontre est le Professeur émérite Mansour M’henniqui, avec le nouveau comité de l’Union des Écrivains Tunisiens, et à sa tête le professeur Mohamed Saad Borghol, ont veillé à l’organisation et à l’animation d’une série de conférences autour de la trilogie romanesque du Professeur Nizar Ben Saad qui, tout en poursuivant une œuvre scientifique de haut vol, publie des romans que l’on peut qualifier d’historiques.

Rencontre autour de la trilogie romanesque de Nizar Ben Saad

C’est ce que les organisateurs ont expliqué d’entrée de jeu, tout en précisant que l’esprit de débat et d’ouverture animent cette rencontre et celles à venir, puisque d’autres partenariats sont en train d’être mis en place avec notamment le Club Mustapha Fersi et le Cercle Mohammed Ghozzi.

Ainsi, c’est autour de la littérature tunisienne, de langue arabe et française, que lesdites rencontres tourneront, afin de révéler l’esprit tunisien, sa richesse, ses particularités et son originalité.

Le Professeur Mansour M’henni a d’abord donné la parole à l’invité d’honneur qui, d’une façon claire et profonde, a résumé sa trilogie, sa conception de l’écriture et sa quête personnelle à travers ses trois romans qui sont : Lella Kmar : le destin tourmenté d’une nymphe du sérail, paru en 2019 ;Un destin, la Mejda. Une femme de charme dans les coulisses de l’histoire, publié en 2021 ;Leïla Trabelsi ou l’empire des illusions, en 2025. Notons que cette trilogie a vu le jour chez KA’ éditions, maison dirigée par l’écrivain Hichem Kacem.

En mettant les points sur les i, le Professeur Nizar Ben Saad a ouvert le débat car le philosophe de formation qu’il est « préfère les questions aux réponses », non seulement parce que « les réponses se transforment en des questions », mais encore parce que la Tunisie, à travers sa littérature, mérite d’échapper au dogmatisme et à l’ignorance, lesquels sont sources de malheur, de despotisme, de népotisme et bien sûr de dictature.

Ensuite, le Professeur Mansour M’henni a cédé la parole au Professeur Ahmed Hizem qui, aussi bien en langue arabe qu’en langue française, a mis l’accent sur la généalogie de cette trilogie dont le principal intérêt consiste en un travail de recherche, de dialogue et d’écriture qui brouille les limites entre les genres, la réalité et la fiction, l’histoire politique et la psychologie. Savamment improvisée, cette réflexion est venue remplacer celle de l’historien Adel Ben Youssef qui a dû s’absenter pour prendre part au colloque sur le 70e anniversaire de l’Indépendance de la Tunisie.

Puis, le Professeur Mansour M’henni s’est exprimé d’une façon magistrale en faisant appel à l’arsenal de la critique brachylogiquesdont il est le théoricien à travers des ouvrages de référence,dont Le Retour de Socrate, publié à Tunis (2015) et à Paris (2017), ou encore le prestigieux volume publié sous sa direction, Dictionnaire de la Nouvelle Brachylogie, en 2024.

Les questions soulevées par le Professeur Mansour M’henni peuvent être considérées comme édifiantes puisqu’elles ont interrogé cette trilogie à la lumière d’outils et de notions critiques extrêmement riches et subtiles. Ce qui annonce la parution à venir des actes de cette journée dans les deux langues. En effet, selon l’adage les paroles s’envolent, les écrits restent. Et c’est justement ce que souhaite ce collectif : historiciser et constituer une bibliothèque digne de ce nom au sujet de la littérature tunisienne.

De ce point de vue, la communication de M. Aymen Hacen, poète-traducteur et enseignant-chercheur à l’Institut des Langues de Moknine, Université de Monastir, a été très appréciée parce qu’elle a choisi de dialoguer avec l’œuvre de Nizar Ben Saad qui est son directeur de thèse. Cette relation de maître et disciple est loin d’être verticale. Un dialogue réel, riche et enrichissant semble exister entre les deux écrivains-chercheurs, comme dans l’entretien publié dans le média d’art et de culture, Souffle inédit, le 16 septembre 2025.

Le journalisme littéraire pratiqué par les deux hommes se trouve enrichi par leur savoir académique, si bien que M. Hacen a écrit un texte de presse, publié jeudi 26 mars , pour annoncer la présente rencontre, tout en ayant rédigé une communication scientifique digne de ce nom où il a notamment fait appel à Denis Diderot, Jules Michelet et Pierre Michon, écrivains proches par leurs styles, leurs quêtes et leurs méthodes de travail de Nizar Ben Saad lui-même.

Le dernier intervenant, M. Sami Hochlaf, enseignant à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse, a commencé par dire que c’est dans le cadre de l’émission Manarat Tounsiyya, qu’il anime tous les jeudis soirs sur les ondes de Jawhara Fm, qu’il a découvert le talent littéraire de son collègue et ami Nizar Ben Saad, puisque c’est autour d’une émission sur Lalla Kmar qu’il a pu mesurer les talents d’historien et d’écrivain de l’auteur de la présente trilogie.

Sami Hochlaf a mis en valeur le style littéraire de Nizar Ben Saad, la relation de l’écrivain avec ses qualités d’enseignant-chercheur et surtout les appréhensions que certains de nos collègues et compatriotes ont à l’égard de la littérature tunisienne de langue française, laquelle, appelée « littérature tunisienne d’expression française », pour être rejetée ou, pis encore, être mise au ban de la société.

Le public présent a également pu s’exprimer et nous pouvons retenir l’intervention de M. Néjib Gaça dont la question a été assimilée à une communication à part entière, si bien que les participants et les organisateurs l’ont chaleureusement sollicité pour participer à la publication à venir autour de la trilogie de Nizar Ben Saad. Mais, comme l’a annoncé M. Aymen Hacen et confirmé l’auteur, la trilogie est en train de devenir tétralogie puisqu’un quatrième opus est en train de voir le jour. Avec ce nouveau volume, la donne va changer, non seulement du point de vue de l’écriture de Nizar Ben Saad lui-même, mais encore de sa réception critique. Ce qui, pour nous lecteurs et jeunes chercheurs, préfigure de nouvelles approches et problématiques futures.

la trilogie romanesque de Nizar Ben Saad

Par Lobna Abdaoui
Doctorante en 1ère année
Langue, littérature et civilisation françaises à la FLSH,
Membre du Laboratoire École et Littératures

Aymen Hacen
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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.