Ironie du sort ou signe prémonitoire, Françoise Bissara-Fréreau, est née en Egypte terre de culture où régnait déjà il y a quelques millénaires un souffle de modernité sur l’art de la sculpture.
Françoise Bissara-Fréreau : une œuvre entre peinture, sculpture et vitrail, au cœur d’une quête de lumière
Par Michel Bénard
Ici je vais me laisser porter au fil de mon ressenti. Cependant je tiens à vous rassurer je n’ai nullement l’intention de vous dérouler un papyrus ou un ancien rouleau hébraïque de sa biographie, d’ailleurs il me faudrait le bottin mondain pour y parvenir. Simplement je vous rappellerai que Françoise Bissara-Fréreau a été élue membre de l’Académie des Arts du Dessin de Florence section sculpture, et de la Royal British Society of Sculptors de Londres et qu’elle est titulaire du grand prix de sculpture Charles Oulmont de la Fondation de France. Ces hautes distinctions artistiques suffisent amplement pour situer notre amie sur l’échelle des valeurs. En fait seule l’œuvre nous révèle un véritable intérêt. L’œuvre multiforme de Françoise Bissara-Fréreau est contenue dans une sorte de souffle ésotérique et mystique, d’ailleurs ne dit-elle pas que son chemin de création aux nuances religieuses est ancré au Christ. Allez en profondeur vers l’énigme de la semence, la germination, la quête de lumière et la flamme de Marie, très présente dans certaines œuvres. Notre amie se situe dans le dépassement d’elle-même, sorte d’état de grâce créateur. Ses œuvres sont révélatrices et se font béatitude, porte de la musique, renaissance, énigme de la vie, cendres, chant de la terre. Les poèmes de Saint Jean de la Croix, de Saint François d’Assise, ne sont jamais bien loin. Inspiration divine, inspiration innée, allez donc savoir ?

Avec une touche de malice, nous pourrions presque dire qu’il est une mystique laïque ne se rattachant à aucun absolu dogmatique.
Tout ici est le croisement des cultures, marqué par la proximité des religions, des écritures, des calligraphies qui se retrouvent en filigrane dans l’œuvre de Françoise Bissara-Fréreau.

Peindre, graver, sculpter c’est un peu offrir la connaissance d’un livre sacré ouvert, c’est un acte de célébration, une quête de lumière christique. Notre amie à conscience que le visible ne s’épuise jamais, ce sont les certitudes qui s’effacent. Le retour aux sources nourricières est nécessaire pour trouver l’esprit, le silence et l’écoute du chant intérieur. Tout repose sur l’expérience et la contemplation de la lumière se révélant être un passage vers l’espoir et l’amour dans le bleu de l’éternité. Le bleu omniprésent dans les tableaux de Françoise Bissara Frereau, tout comme le rouge orangé qui réveille la passion.


Elle a une remarquable maitrise de la matière, travaille les formes, lignes et volumes en se laissant guider par l’intelligence de la main, elle détient un sens naturel de la composition, notre amie est une femme de combat, de défi, provoquant les forces créatives et les lois de l’équilibre.
Françoise Bissara – Fréreau est perpétuellement en quête d’unité, de conscience de soi, de déracinement afin de mieux capter le beau. L’art à son regard est la culture de l’espérance, un souffle spirituel de liberté. Chaque aube marque le renouveau dont la vie se nourrit. Elle vit sa création au rythme d’un esprit quelque peu monacal, sorte de cadences liturgiques, laudes, primes, tierces, sextes, nones, vêpres, complies, vigiles, donnant à chacune de ses compositions une couleur qui prend sens.

Françoise Bissara – Fréreau voit en la création l’élaboration d’un poème, mais le poème n’est-il pas la source même de la création « poïesis » faire, créer.
Le professeur Jerôme Cottin pose la question à propos de Françoise Bissara- Fréreau par rapport à ses ascendants multifacettes et du pouvoir de son œuvre, question pertinente : sommes-nous en face d’un art « irénique » ce qui serait de bon augure dans un contexte mondial où nous aurions besoin de paix et d’harmonie. Le parcours d’origine de notre amie est assez atypique et peu commun, préludant une authentique richesse humaine, un atavisme singulier.
Née en Egypte avec des racines écossaises, grecques, françaises, sans parler des empreintes des religions, orthodoxes, protestantes, catholiques, il faut bien avouer que le contexte n’est pas anodin et qu’il est même plutôt favorisé par un rare éclectisme. Ainsi nous pouvons mieux comprendre les fragments et nuances du parcours créatif de Françoise Bissara-Fréreau. Admirer une de ses œuvres est un acte contemplatif, un appel à la méditation. Une forme de prière laïque intérieure.
La sculpture où tout se fait verbe, écriture, signe et révélation, serait-elle une réponse possible au mystère de l’homme et à sa déroutante présence, je pense ici au mythe de Pygmalion. Terre, cire, bronze, métal, verre, tout est prétexte à notre plasticienne pour engager un langage avec la créativité universelle.
Sans le vitrail la production de Françoise Bissara – Fréreau aurait un parfum d’inachevé, il attribue à l’œuvre une autre dimension défiant l’infini et l’éternité, c’est une forme de langage spirituel effleurant la mystique voire l’ésotérique, Lydia Harambourg, célèbre historienne d’art, dit à ce propos que : « C’est une nouvelle page qu’elle déploie dans l’infini de l’univers. » Une écriture créative démultipliée. Au regard de notre amie, l’art est un acte d’amour que l’homme blesse beaucoup trop souvent. Il y a fort à croire qu’elle met dans son œuvre toute son expérience et son savoir faire au service de l’émotion. Prétendre aborder notre praticienne est une gageure, car nous sommes confrontés à une artiste multidisciplinaire de haute tenue et un peu comme avec l’hydre, bien malin celui qui peut prétendre pouvoir la cerner en son for intérieur. Elle transpose, métamorphose tout ce qu’elle touche. Elle compose avec l’alchimie de la matière et de la lumière. Elle possède ce don de l’éblouissement et de la révélation. La fée qui sans doute s’est penchée sur son berceau lui transmit une large vision civilisationnelle et culturelle, sorte de bascule entre l’Orient et l’Occident. L’œuvre est porteuse d’une réflexion profonde, une spiritualité sous-jacente, une prière silencieuse, un dialogue avec l’invisible. Inconsciemment elle ouvre les portes de la lumière divine de ses vitraux et par la matière qui pérennise ses travaux.

Françoise Bissara – Fréreau ose le dire, l’art peut être un baume, mais c’est aussi une profonde blessure longue à cautériser. Chaque œuvre contient ses stigmates profonds, un peu similaires aux signes pariétaux que nous observons dans les cavernes de la préhistoire, en fait l’art n’est qu’une longue succession d’influences.
Dites-moi quel talent notre amie n’a-t-elle pas ? Elle dessine remarquablement, peint avec talent, sculpte merveilleusement et transforme le verre célestement. Il y a chez elle une forme d’art global où une discipline ne prévaudrait pas sur une autre. C’est le rêve secret de tous les grands artistes. Entre peinture et sculpture les stèles de la mémoire évoquent les icônes toutes rutilantes d’or sacré.
L’art est un équilibre permanent entre la vie et la mort, un souffle suspendu à un trait à la lumière éphémère d’un vitrail.




