Peinture

Richard Marcziniak, les couleurs d’une musique de silence.

Richard Marcziniak, les couleurs d’une musique de silence.

Par Michel Bénard  

Richard Marcziniak, les couleurs d’une musique de silence.

« Peindre ou écrire dans le silence et la paix, c’est dialoguer avec l’univers. » M.B

Notre chemin d’amitié est déjà long, cependant souvent notre fil d’Ariane prit de la distance, demeura un peu dans le silence, entrecoupé par quelques expositions et échanges.

Mais au-delà du temps de ce parcours de vie alternée sur la voie des arts et des lettres, le lien se révéla solide et fidèle.

Quant à évoquer une fois encore l’œuvre de Richard Marcziniak est pour moi un réel et grand bonheur, car c’est là tout le travail d’un grand peintre que j’apprécie particulièrement.

Originaire du Nord de la France, enfant précoce dans le domaine artistique, sa mère restant seule, travailla durement afin que son fils puisse rentrer à l’école des beaux-arts de Douai puis de Paris. La vie est difficile car le père qui était mineur de fond a disparu bien trop tôt, alors que notre artiste en herbe n’avait que quinze ans.

Richard Marcziniak, les couleurs d’une musique de silence.

Ici, je n’aborderai pas trop le cursus de Richard Marcziniak nous l’avons déjà évoqué largement, mais néanmoins je citerai un professeur Jacques Lagrange qui fut très conscient des prédispositions artistiques de son élève et l’encouragea à devenir artiste en l’invitant à exposer en diverses disciplines, la gravure en particulier. L’apprentissage est toujours une épreuve, un défi avec soi même. Mais le jeune Richard Marcziniak avait de réelles ressources.

Il faut noter que par la suite et tout au long de sa vie artistique notre ami a toujours été une sorte de timonier, de guide dans l’esprit des compagnons, avec une ferme volonté de transmission, de l’engagement, de la passion et du travail bien fait. Il a toujours su s’entourer et promouvoir d’artistes vrais, talentueux et généreux, peintres, graveurs ou sculpteurs.

Richard Marcziniak, les couleurs d’une musique de silence.

Richard Marcziniak a sans cesse, dans le Nord comme dans la Creuse où aujourd’hui il réside, créer des ateliers, organiser des symposiums, mettre sur pied des expositions de qualités, tant en France que dans nombreux pays de l’Est où vibrent encore ses racines.

Il porte en lui cet esprit de compagnonnage, de confrérie d’art, il sait ce que contient le mot solidarité, car n’oublions pas qu’il lui coule encore dans les veines le sang des mineurs de fond, c’est là toute une notion de tradition, c’est tout le chant de la terre qui le nourrit. Il en est de la mine comme de la marine !

Simple « aparté » je rappellerai que Richard Marcziniak par le rayonnement de son indéniable talent fut lauréat de très nombreux et prestigieux prix artistiques, mais je ne soulignerai ici qu’une distinction qui je pense résume à elle seule toutes les autres, il s’agit du prix Léopold Sédar Senghor des Arts du Cénacle Européen des Arts et des Lettres 2010, qui ne couronna toujours que de grands artistes reconnus tels que Pavlina, Salvatore Gucciardo, Pavel Korbel, Janez Zorko, Nicolas Alquin, Bernard Tirtiaux, Chris, Yunta, Juan-Carlos Carrillo, Silviu Oravitzan, Vélimir Trnski etc.

Prétendre aborder une œuvre aussi vaste et complète, aussi dense et profonde que celle de Richard Marcziniak me place sur un plan délicat, car il s’agit là d’une œuvre exigeante qui a besoin de recul et qui ne peut pas être observée de manière coutumière, elle nous transporte beaucoup plus loin. Sans doute a-t-il retenu la leçon du peintre chinois Shi Tao (XVII ème siècle) :

« L’unique trait du pinceau est l’origine de toutes choses. »

Ainsi il nous entraine dans un espace subtil et nuancé demandant un regard avisé, approfondi.

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Convaincu de ce fait et pour mieux m’imprégner de l’œuvre de Richard Marcziniak il me fallait un lieu de réflexion, de mémoire, de méditation, c’est ainsi que j’ai choisi le Musée Verlaine à Juvigny dans l’ancienne auberge du Lion d’Or où le poète séjourna quelques mois, ceci afin de peut-être mieux percevoir la musique contenue dans les œuvres :

« …/…de la musique avant toute chose…/… .»  Martelait inlassablement Paul Verlaine !

Puis les ruines de l’abbaye de Longpont pour peut-être pouvoir y effleurer davantage la haute spiritualité.   

Richard Marcziniak nous dédie un travail qui se présente à nous comme une transparence, un tulle d’où émane une musique de silence.

Bien que nous connaissions déjà dans l’œuvre de Richard Marcziniak des périodes figuratives en ses débuts, il évolue principalement dans une forme d’abstraction lyrique, assez informelle où la notion de temporalité nous échappe. Pourtant, paradoxalement notre peintre a besoin de se rattacher à la matière, à la composition sous jacente pour mieux situer l’œuvre dans l’espace physique, d’où certains titres de ses toiles tels « Rafale » « Entre le ciel et l’eau » « Juste avant l’aube » « Le rocher bleu ».

Symboliquement j’associe certains de ses tableaux comme : « Magma » ou « Mouvement rouge » à cet extrait d’un poème de Su Dungpo (11ème siècle) :

« Qui donc aurait pu croire qu’une légère tâche rouge

   Suffise à faire surgir le printemps sauvage ? »

Cette tâche rouge ne serait-elle pas là pour capter l’attention et pour servir de point de fuite en nous rappelant William Turner et Jean Baptiste Camille Corot ?

Richard Marcziniak est avant tout un peintre de la lumière, du silence et de la transparence, pour lui toute notion de créativité passe par cette voie comme une sorte de purification s’extirpant des ténèbres profondes de la vacuité. Ce qu’il ne manque pas d’ailleurs de souligner en écrivant que :

« Toute peinture est avant tout lumière qu’il faut extraire de l’ombre. La peinture est un grand plongeon dans le néant. »

Lien de pensée assez singulier si je m’en réfère au peintre, poète et calligraphe Chu Ta (17ème siècle) qui lui, confirmait aussi que :

« Les gens croient que la peinture et l’écriture consistent à reproduire les formes et la ressemblance. Non, le pinceau sert à faire sortir les choses du chaos. »

« Des entrailles d’une terre noire

C’est le chaos qui surgit,

C’est un jaillissement de feu

D’éclats de braises. »

Peut-être est-ce là tout simplement une empreinte de mémoire, car n’oublions jamais que Richard Marcziniak est issu d’une famille où la mine, le carreau, les chevalets sont omniprésents, alors il devient possible d’y voir un réflexe ou syndrome de conjuration inconscients.

Oui, pour exemple comparatif, observons attentivement ses peintures composées un peu à la manière de strates, nous y découvrons des plans proches de glacis superposés, libérant des ondes, des vibrations chromatiques que nous pourrions assimiler à une partition musicale ou aux couches des tréfonds d’une fosse.

Les jeux d’écriture ne sont pas loin, ils côtoient une calligraphie informelle dans un langage indéfini et mystérieux.

Pour être attentif à cette œuvre, nous pourrions y entendre des vents en rafales, ressentir un frisson de matin hivernal.

Voici là une œuvre chargée de poésie. Richard Marcziniak joue avec les rapports colorés, des bleus légers rivalisent avec des bleus de Chartres ou des turquoises, un carmin décline son amour à un bleu roi. Chacune des compositions nous révèle son mystère, son langage codé, chaque œuvre porte la mémoire d’une poésie. Ici nous prenons bien conscience que l’art remonte aux origines, il était là avant l’homme et le sera encore bien après, il est en gestation permanente dans les entrailles de la terre.

Chez Richard Marcziniak le dessin est omniprésent, sans dessin aucune construction n’est possible. Cependant il n’apparaît pas, son squelette est invisible, bien que le dessin soit la base même de tout, sans lui l’œuvre n’est rien elle ne tient pas. L’art authentique ne laisse pas de place à l’amateurisme, moins encore au dilettantisme.

L’esprit des terres noires est en résurgence chez Richard Marcziniak car selon ses propos :

« …/…il faut gratter la houille noire dont il sortira la couleur quand il (*) choisit les galeries souterraines de l’abstraction. » (*) Le peintre.

Pierre Soulage serait ici sans doute d’accord.

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Depuis son retour à la vie pastorale Richard Marcziniak demeure plus que jamais dans l’observation, pour ne pas dire la contemplation de la nature, d’où il extrait les plus beaux filons de son inspiration.

Notre peintre, artiste très aguerri a bien conscience que même très personnalisé , transformé, recomposé, l’art n’est qu’une succession d’influence et il avoue ne pas être resté imperméable à des maîtres très différents allant de l’art pariétal dont les fondations sont les bases, mais également Giotto, Le Caravage, Rembrandt, John Constable, William Turner, Jackson Pollock, Mark Rothko etc. Sans oublier les grands maitres asiatiques, Chu Ta, Shi Tao, T’ang Haywen, Zao Wou-Ki, Chu Teh-Chun, ainsi tous ces coups de cœur sont les meilleurs moyen d’avancer, d’évoluer en créant sa propre écriture picturale.

En ce qui concerne notre ami il y a longtemps que son écriture est acquise, mais elle n’est pas figée, elle évolue, se transforme, allant jusqu’à la métamorphose, d’ailleurs la période actuelle liée au « confinement » en est un exemple flagrant. Son œuvre est moins gestuelle, plus retenue, l’élan est ralenti, le jeu d’une composition plus circulaire est plus présent, une forme de sobriété s’installe, parfois même je songe à l’épurement d’un artiste tel Léon Zac, non pas dans l’esprit, mais par les effets rendus.

Richard Marcziniak, les couleurs d’une musique de silence.

Cependant je terminerai sur l’artiste de cœur, l’âme sœur, Nicolas de Staël, pourtant beaucoup plus en matière épaisse, onctueuse que les transparences de Richard Marcziniak, mais qui pourtant lui tire les larmes des yeux  lorsqu’il se trouve devant certaines toiles comme ce fut le cas à Aix en Provence et qu’il considère comme étant le peintre des peintres, jusqu’à faire sa devise cette phrase de Nicolas de Staël : «  Il n’y a que deux choses valables en art : La fulgurance de l’autorité, la fulgurance de l’hésitation. »

Il ne vous reste plus qu’ à vous familiariser avec l’œuvre de Richard Marcziniak et surtout d’aller découvrir ses expositions d’émotion silencieuse et de lumière.

« C’est un jaillissement de feu,

   D’éclats de braises,

   Qui porte son espérance

   Dans le silence sous jacent. »

Michel Bénard

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