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Souffle inédit


« Ma raison entière » : Paul Valet seigneur poète par Hyacinthe

« Ma raison entière » : Paul Valet seigneur poète par Hyacinthe

  L’ombre de la nuit   Poésie, vie à l’infini                       Il y a une semaine, Cioran était des nôtres, et c’était une façon de donner à cette nouvelle aventure, Souffle inédit, une pierre de touche, afin que les vrais lecteurs s’y intéressent pour de

 

L’ombre de la nuit

 

Poésie, vie à l’infini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a une semaine, Cioran était des nôtres, et c’était une façon de donner à cette nouvelle aventure, Souffle inédit, une pierre de touche, afin que les vrais lecteurs s’y intéressent pour de vrai.

Ainsi, après Cioran, le philosophe-poète, nous devons, depuis notre exil sud-méditerranéen, nous atteler à la figure aussi mystérieuse que substantielle de Paul Valet, poète-médecin, poète minimaliste et complexe capable du meilleur comme du plus merveilleux, désormais accessible à tous dans la collection Poésie/ Gallimard.

La poésie n’aime pas trop le mensonge et l’homme parti le 8 février 1987 semble être des nôtres à chaque instant, dans la mesure où, aussi bien ce que son fils a fait inscrire sur sa pierre tombale, que ce que nous autres, lecteurs étrangers gardons de lui, est l’illustration, humaine trop humaine, de ce que ce recueil nomme sans avoir froid aux yeux, La parole qui me porte :

 

« DR Georges Schwartz

Seguin pour la Résistance

Paul Valet pour la poésie

1905-1987 »

 

Mais cette parole, comme cette mort d’ailleurs, qui porte-elle ? Ou, faut-il se demander, que porte-t-elle ? Car elle serait faite pour, en fin de compte, donner sens à une forme de vie, un acte de poésie ou même une vision du monde. Ne nous hasardons pas cependant trop. Réécoutons le très bon Cioran et, avec lui, tuons le doute qui, souvent, chez lui, rime avec suicide, car l’écriture sauve… Et comment… Si certains en doutent, qu’ils aillent…

Cioran, dans ses Cahiers (1957-1972), parle en ces termes de lui : « Paul Valet, à qui j’ai raconté au téléphone que j’avais la responsabilitéde trois enfants, me dit que c’est très bien, qu’en général lesenfants lui sont chers, car, me dit-il,“je n’aime pas l’existence, maisj’aime la vie.”(p. 447) Et trois cents pages plus loin : « Paul Valet me dit, à propose du Mauvais démiurge, que c’est du“bouddhisme frénétique.” (p. 716) Et plus loin, à propos d’un illustre ami qu’ils ont fréquenté ensemble : « À propos de mon article sur Beckett, discussion par téléphoneavec Paul Valet. Nous sommes tombés d’accord que le surhommede Nietzsche était ridicule (car théâtral), alors que les personnagesde Beckett ne le sont jamais.Les personnages de Beckett ne vivent pas dans le tragique maisdans l’incurable.C’est la misère, ce n’est pas la tragédie. » (p. 810)

Et plus loin, avec cette formule digne des deux hommes, car même les gens qui croient avoir lu l’un et l’autre, et qui ne l’ont pas fait, cela va de soi, croient en savoir quelque chose : « Entretien téléphonique très utile avec Paul Valet, médecin sansclients, comme moi auteur sans lecteurs. L’un et l’autre marginaux en diable, et totalement inutilisables.Entente profonde avec tous ces Juifs profonds et clairvoyants. Deplus en plus, il n’y a qu’avec eux que j’arrive à m’entendre. »

Voilà, oui, voilà ce que le préfacier de Paroxysmes, paru chez La Dilettante en en 1988, avec une préface du même du nom, Cioran, dit, voire martèle car connaître, vivre, fréquenter un tel homme, c’est avant tout un exercice de vie, de savoir, comme le poète-médecin le dit lui-même :

 

Contre moi
Je lancerai la raison béton
La raison prison

À perpétuité

Je lancerai la raison fantôme
Qui traversa intacte
Les murs de ma raison

Je lancerai la raison sonore
Pour étouffer le bruit
D’une bouche aux abois

Je lancerai la raison aveugle
Pour me crever les yeux
Avec raison raison

Je lancerai la raison de proie
Qui dévorera vivante
Ma raison entière

Je lancerai les raisons sans nombre
Les raisons sans nombre
Auront raison de moi (p. 129-130)

 

 

C’est sûrement en se définissant contre, que le pour, s’il en est, peut avoir lieu de cité… Lire Paul Valet est vraiment spécial, d’où l’italique. Le poème qui précède, sans surprise aucune, s’intitule « Contre moi », et l’on souhaiterait volontiers avoir l’immense plaisir d’ouïr le poète dire « la parole qui [l]e porte », pour être porté, transporté par sa voix. C’est une question de transport au sens fort du terme comme ici :

« Dilater son regard

Jusqu’à l’extrême naufrage

Et se laisser envahir

Tranquillement » (p. 47)

L’infinitif paraît ne rien attendre que ceci : faire conjuguer le verbe dilater, comme pour une rétine ayant vu autant de vertes que de pas mûres, jusqu’à aboutir à l’intranquillité recherchée par un certain Pessoa. Celle-ci, chez Paul Valet, résonne avec la maladie de ce qu’il dit dans un poème composé de deux vers appelé « Mon siècle » :

 

« Mon siècle a brûlé son propre faîte

 

Et sa fleur calcinée monte en graine » (p. 192)

 

Après quoi, il dit, dans « Art poétique », le pire que nous sommes en train de vivre, « l’épouvante », à qui, car oui elle est devenue une vraie personne, il faut « rendre la parole ».

Qu’est-ce que cela serait bien, très cher Paul Valet ! En attendant, nous vous lisons ici…

 

 

 

 

 

 

Paul Valet, La parole qui me porte, précédé de Lacunes et de Table rase et suivi de Paroles d’assaut, préface de Sophie Nauleau, collection « Poésie »/Gallimard, n°549, paru le 13 février 2020, 7,50 €.

 

 

Au Docteur Abdelaziz Ben Ayed,

en amitié fidèle

 

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