James Sacré : Choix de poèmes

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James Sacre - Salon du livre de Paris 2010 - Photo : Georges Seguin / Wikimédia

 Avec Choix de poèmes, James Sacré invite le lecteur dans un monde de souvenirs, de silence et de paysages.

Choix de poèmes : l’art de la nuance selon James Sacré

Par Najib Allioui

Dans Choix de poèmes (Editions Unes, 2025) de James Sacré, on peut dire qu’un certain nombre de poèmes se correspondent les uns les autres, bien qu’ils ne portent pas tous sur le même thème. Par exemple, écrit en 1965 et dédié aux amies et amis du poète, d’un certain temps, le poème « Relation » ouvre le recueil et incarne à la fois un éloge de l’amitié et de l’altérité :

Passer dans vos sourires et vos rêves c’est découvrir la fragilité de mon être.

En outre de cet aspect altruiste à l’égard des amis, il saute aux yeux la figure de la personnification qui inscrit le poème et la poésie dans un registre plus élevé où les limites entre les différents êtres n’existent pas :

Souvenez-vous comme les arbres des prés par chez nous sont silencieux quand on s’arrête de marcher

Davantage, le silence de la campagne traverse Choix de poèmes et il semble que cette fascination pour le silence lui vient de son enfance étant donné qu’il a grandi dans une ferme. J. Sacré l’évoque lui-même, entre autres, dans le poème « Par des langues et des paysages », écrit en 2024 :

J’avais pensé que peut-être je ne serai plus jamais
Dans la tranquillité de la nuit venue
Autour d’une ferme seule dans la campagne
Dans un silence de la terre et de quelques arbres

A cela s’ajoute bien plus les comparaisons équivoques qui accordent au poème une signification plus intéressante tant et si bien qu’elles invitent le lecteur à lire attentivement et lentement les images le composant : « comme les signes que sont les campagnes d’enfance », « comme un regard d’animal ver », « comme une campagne d’enfance ».

A noter que cette ambigüité contribue à l’épanouissement de la poésie de J. Sacré dans la mesure où elle est fondamentalement à la recherche d’une forme de magie, à l’instar ces peintres qui cachent le sens plus qu’ils ne cherchent à le dévoiler.

Sans doute le dernier poème Coda clarifie-t-il cette relation entre la poésie et la peinture :

Le poème le voilà, mais comment
Lui donner la fragilité d’un geste
Autant qu’un effet de vitesse projetée, laissant sur la
page vibrations de pastel ou de craie ?

Toujours est-il que, marqué aussi bien par le Maroc que par la Tunisie, J. Sacré est de ces poètes-peintres qui ont été fascinés au plus haut grand point par la couleur des pays ayant inspiré des plus grands : Eugène Delacroix, Paul Klee, Henri Matisse, Pierre Loti et d’autres encore. J. Sacré l’exprime par exemple à travers le poème intitulé « Une couleur marocaine ». Soit ces quelques vers :

Soudain ce léger tas de poudre de henné
(Une femme à côté prend dans un autre tas des feuilles pour les piler)
Le vert le plus donné dans sa couleur verte
Qu’une minuscule mesure émaillée bleue
Avive encore.

Or, s’agissant de la poésie, le lecteur n’a qu’un salut, sémantique ; il doit suivre le poète et descendre avec lui de manière modeste et prudente pour y voir plus clair. C’est que le poème dit l’intime, d’où la difficulté de nommer. J. Sacré s’en explique ainsi dans « La poésie, comment dire ? », écrit en 1993 :

Oui, le poème comme un geste intime dans la langue. Je l’affirme à cause de l’expérience faite en effet, dans un premier temps (le poème voulait dire cette intimité) de cela qu’en soi on n’arrive pas à bien nommer ; à cause du sentiment plus tard que c’est l’intimité même qui dit mais, chaque fois que ça semble clair on sait tout de suite que ce n’est pas cela ; et chaque fois que c’est obscur on croit deviner qu’on se paye de mots ; de temps en temps cependant la clarté semble éclairer l’obscur, ou l’inverse. Cela n’assure de rien non plus : il s’agit peut-être d’illusions. On se trouve alors comme un peu devant un visage aimé. Le poème comme un geste intime qui pense à l’autre. Dans la nuit.

Photo de couverture @ Wikimédia

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Najib Allioui
Critique littéraire
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Agrégé de Lettres modernes et docteur en Sciences du langage