Patrick Chavardès, l’enfance au bout d’une ficelle

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@ Patrick Chavardès

La poésie de Patrick Chavardès avance par touches brèves, laissant aux mots une place pour le silence et le doute. Cette sélection donne à lire une écriture attentive aux traces du passé et aux blessures du monde.

Patrick Chavardès : une poésie entre mémoire et temps

Par Monia Boulila

À travers ces textes, Patrick Chavardès avance par images brèves et associations inattendues. Sa poésie regarde le monde sans chercher à l’enfermer dans une explication. Elle laisse aux mots et aux silences le soin d’ouvrir des espaces où chacun peut trouver son propre chemin.
Les poèmes se construisent par fragments. Un paysage, une voix, un souvenir ou quelques mots suffisent à faire naître une réflexion. La mémoire, la mort, l’amour et le passage du temps reviennent au fil des textes, en dialogue avec la terre et les choses simples.

Poèmes choisis

Rêve d’encre
où toute pensée s’arrête
des ombres dansent encore
prisonnières dans la glace

Un ciel vide
mais les lignes
de ta main
les mailles
d’un filet
un coquillage
au bout d’une ficelle
et l’enfance est une

Thé noir
chant du cuivre
rumeurs de gares
Ils sont tombés du toit
du monde
C’est quoi le monde

Arbre trop droit
aube précoce
et mille croix
sur l’horizon

Pluie fatale
oubli nécessaire
alors creuser
jusqu’à trouver la mer

et ta voix de papier déplié

Un champ de blé
et des corbeaux
c’était si simple
le terreau

Une ronce
à l’enjambement
une rature
sur un cahier fleuri

Tout est à faire
avec des ruines

Dans l’arrière monde
des trépassés
des revenants
accusent les dieux
Vous avez volé
aux hommes leur âmes

Criez dans les blés corbeaux
Chantez les pierres

fus-je fou à lier
toi folle
tu dansais

Et moi qui n’en
pouvais mais
le monde se jette
sur moi

C’est quoi le
monde c’est quoi

L’amour
cependant
sort par la fenêtre
parfois ne revient pas
parfois ne revient plus

Entre le jeu
et la guerre
à peine une entaille
la coupe des cartes décide
la main triche
le regard ment

Il reste une balle
dans le barillet

Le soir efface ton nom
l’éternité te guette
Des ondes battent la campagne
quand la mort jardinière
fauche dans les allées

On est là
comme durée dans le temps
feu dans un buisson
sérénité curieuse
un peu animale

Un trait de lumière
traverse mes nerfs

N’ai-je de muse
que la mouche chicorée
et cette neige éphémère

On regrette la fumée
un instant bleue la gitane
une chanson-transistor
un secret trop clair

La liberté me vouvoie
je suis sur le pont dès l’aube
transi dans l’air menaçant

La mort creuse une évidence
une page restée blanche
une page tournée noire
un silence

Pensées à la fête
feux de pailles
la nuit est saoûle

Ton départ m’a plié
des peurs devant
des peurs derrières

Salaire unique
le fond du temps
Surnuméraire

Une autre vie t’attend
et combien d’autres lignes de vie
Si toi tu n’en as qu’une
garde la sans la plier
afin que tes paumes fassent un nid

Tout vouloir
quand tout divise
à la fin c’est si peu

les tenanciers du Tout
ont trouvé des formules
mais jamais rencontré personne

Elle dit
tout est grave
et nous faisons semblant de l’ignorer

Folie l’amour
on l’attend comme les bêtes
puis on se détourne
on oublie

Vie dispersée unique
je te prends comme un métier
pas comme un art

Me déprenant de toi sans cesse
je ne fus pas loin de porter plainte
contre toi la vie

A peine étais-je là en ce refuge
sur un sol meuble
une porte s’ouvrait

J’ai mille ans
un lit comme un bateau
Je te cherche dans mon sommeil
Je pleure sur mon oreiller
et je revois des yeux
que j’ai tant fait pleurer

Comment dire
l’accident de l’amour
dans la terre grasse
ce qui la creuse
le grain si bien veillé

Les uns vont droit comme des i
les autres penchent
le temps n’est qu’intempérance
le mot qui revient marée

Je ne veux que ta voix de sable mon chevet

Lumière laisse la nuit épaisse
à sa noirceur première
et le feu léger aux brindilles

Les anges ont fui la lumière
Las de voler dans l’éternelle nuit
ils viennent dormir sur mes genoux

Tout les effraie et les affame
autant le froid céleste
que le foyer des chaumières

J’entends encore ta voix
dans la rumeur d’une gare
Je ne sais plus
si je pars ou si j’arrive.

À travers ces textes, Patrick Chavardès avance par images brèves et associations inattendues. Sa poésie regarde le monde sans chercher à le refermer dans une explication. Elle laisse aux mots, aux silences et aux paysages le soin de poursuivre leur chemin.

Patrick Chavardès

Patrick Chavardès, l’enfance au bout d’une ficelle
@ Patrick Chavardès

Né à Paris, Patrick Chavardès a étudié la littérature et la philosophie. Auteur de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre et de paroles de chanson, il a également publié des poèmes dans de nombreuses revues. Après avoir enseigné et voyagé en Asie, il a créé un atelier d’écriture à l’Université Populaire de Chalon-sur-Saône. Il vit aujourd’hui entre Sète, Chalon-sur-Saône et Paris.

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Monia Boulila
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Poète, traductrice et rédactrice web.