Vu[e]s de dos, une figure sans portrait aux Franciscaines de Deauville

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Camille Paul Guigou, Lavandière, 1860, huile sur toile Paris, Musée d’Orsay © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Du 28 février au 31 mai 2026, Les Franciscaines de Deauville présentent Vu[e]s de dos, une figure sans portrait. Une exposition de référence, conçue avec le soutien exceptionnel du musée d’Orsay, qui interroge la représentation du corps vu de dos dans l’art occidental, du Moyen Âge à la création contemporaine.

Quand la figure se détourne : Vu[e]s de dos, une figure sans portrait, une exposition du Moyen Âge à nos jours

Par la rédaction

Les Franciscaines de Deauville consacrent leur exposition de printemps à un motif longtemps marginal de l’histoire de l’art occidental : la figure humaine vue de dos. Intitulée Vu[e]s de dos, une figure sans portrait, cette exposition ambitieuse réunit plus d’une centaine d’œuvres, du XVIe siècle à nos jours, et s’attache à comprendre pourquoi cette posture, par essence anonyme, a été si rarement érigée en sujet principal.

Vu[e]s de dos, une figure sans portrait aux Franciscaines de Deauville
Marc Desgrandchamps, Sans Titre, 2016, Huile sur toile, Caen, Musée des Beaux-Arts, © ADAGP, Paris, 2026

Vu[e]s de dos, une figure sans portrait

Conçue par Annie Madet-Vache, directrice du musée des Franciscaines et commissaire de l’exposition, l’enquête adopte un parcours à la fois chronologique et thématique. Elle débute par les rares occurrences antiques et médiévales, où le dos demeure cantonné à des figures secondaires, avant d’examiner son apparition progressive à la Renaissance, puis son affirmation au fil des siècles.

Le XVIIe siècle marque un tournant décisif avec l’essor de la peinture de genre, notamment dans les Pays-Bas, où l’anonymat des personnages autorise une nouvelle liberté de représentation. Le dos devient alors un vecteur de suggestion, d’intériorité et de distance. Parallèlement, les études académiques font du corps vu de dos un véritable terrain d’analyse anatomique, exploré sans hiérarchie d’âge, de sexe ou de morphologie.

Le XIXe siècle occupe une place centrale dans le parcours. À cette période d’intenses mutations sociales et artistiques, la figure de dos se charge de significations nouvelles. Elle devient le signe du labeur, de l’effacement individuel au profit du travail collectif, mais aussi l’expression des codes mondains de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Chez certains artistes, le dos permet de saisir une posture sociale plus qu’un visage, une fonction plus qu’une identité.

Vu[e]s de dos, une figure sans portrait aux Franciscaines de Deauville
Félix Valloton, Intérieur, femme en bleu fouillant dans une armoire, 1903, huile sur toile Paris, musée d’Orsay © GrandPalaisRmn Franck Raux Bettina Rheims, 4 juillet II, Paris 1991, Photographie cibachrome sur papier, Ville de Deauville, Les Franciscaines, © ADAGP, Paris, 2026
L’exposition s’attarde également sur le motif du Rückenfigur, développé en Allemagne, où la figure de dos, intégrée au paysage ou à l’espace domestique, invite le spectateur à partager le point de vue du personnage. Cette posture contemplative, souvent silencieuse, ouvre à une expérience méditative plutôt qu’analytique.

Aux XXe et XXIe siècles, avec l’émergence des avant-gardes, de la photographie et de la liberté formelle, le dos perd progressivement sa charge transgressive. Il s’inscrit dans la composition comme un élément narratif ou plastique, tout en continuant d’inspirer de nombreuses reprises et interprétations contemporaines, de la peinture à la photographie.

Un dernier axe est consacré au miroir, accessoire décisif qui vient contredire l’anonymat du dos en restituant le visage du modèle. À travers ce jeu de reflets, l’exposition interroge l’acte même de représenter et la tension permanente entre face et revers, apparition et retrait.

Réalisée avec le soutien exceptionnel du musée d’Orsay, Vu[e]s de dos, une figure sans portrait bénéficie de prêts prestigieux provenant de grandes institutions françaises et internationales, parmi lesquelles le musée du Louvre, le British Museum, le musée des Beaux-Arts de Rouen, le musée Ingres-Bourdelle ou encore le musée d’Art et d’Histoire de Genève. Les œuvres de Tiepolo, Watteau, Goya, Toulouse-Lautrec, Rodin, Vallotton, Dufy, Bettina Rheims ou Marc Desgrandchamps jalonnent un parcours dense et rigoureusement documenté.

Autour de l’exposition, Les Franciscaines proposent une programmation associée mêlant conférences, projections et performances, prolongeant la réflexion sur la place du dos dans l’histoire de l’art, la philosophie et les pratiques contemporaines.

Agenda

Exposition : Vu[e]s de dos, une figure sans portrait
Les Franciscaines
145B avenue de la République
14800 Deauville
Du 28 février au 31 mai 2026
Du mardi au dimanche, de 10h30 à 18h30

Catalogue
Catalogue de l’exposition publié par les éditions InFine, avec des essais de Johannes Graves, Stéphane Guégan, Bernard Sève, Georges Vigarello et Annie Madet-Vache.

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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.
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