Ce qui arrive au manuscrit : j’ai détesté mon premier livre

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Photo : Celine / PIxels

Premier livre, première publication : Une faute en quatrième de couverture, une réaction familiale et une étrange surprise : le livre continue sa vie sans son auteur.

Premier livre : ce qui arrive au manuscrit

Par Selma Guettaf

Mon tout premier récit est d’abord sorti en Algérie, dans une maison d’édition féministe.

Je l’ai tout de suite détesté.

Pas l’histoire. Je n’ai jamais détesté l’histoire. J’ai détesté l’objet livre.

Il y a eu deux choses.

La première : je l’ai montré à mon père. J’essayais, je crois, de lui montrer quelque chose dont j’étais fière. Il a regardé le livre et m’a répondu quelque chose comme : « Pourquoi tu m’en parles ? Ce n’est pas sorti chez Gallimard. » Réaction assez typique de mon père. Mais sur le moment, c’était comme si l’on apposait un sceau de honte sur cette première œuvre que j’essayais de valoriser.

La deuxième raison était beaucoup plus concrète : il y avait une faute d’orthographe sur la quatrième de couverture. La quatrième de couverture.

Aujourd’hui, je sais ce que je ferais. J’appellerais la maison d’édition. J’écrirais. Je demanderais à ce que l’on corrige le problème. À l’époque, je ne savais pas communiquer. Alors je n’ai rien dit.

Je me suis contentée de détester le livre.

Plus tard, j’allais découvrir davantage le milieu éditorial en Algérie, avec sa passion pour les mots, sa découverte de talents et tout ce qu’il reste encore à améliorer autour de la correction, du suivi. J’apprendrais, par exemple, que certains écrivains préféraient faire appel eux-mêmes à des correcteurs plutôt que de confier entièrement cette étape à leur maison d’édition.

Je ne raconte pas cela pour dire que la maison d’édition n’a pas voulu donner toutes ses chances à mon livre. Je suis persuadée du contraire. Je raconte simplement une réalité éditoriale avec ses moyens, ses pratiques et ses fragilités.

Moi, pendant ce temps-là, je ne voulais plus regarder le livre. Je pensais sincèrement que je ne continuerais pas.

Et pourtant, sans moi, il vivait.

On en parlait à la radio. J’apprendrais plus tard qu’il se vendait particulièrement bien dans le kiosque de l’aéroport d’Alger. Cette image me bouleverse encore un peu aujourd’hui. Des gens achetaient mon livre en attendant leur avion. Un livre choisi dans cet étrange moment suspendu où l’on a quitté un endroit sans être encore arrivé dans l’autre. Et la vie avait un sens de l’ironie assez extraordinaire : au même moment, moi aussi, je commençais à entrer dans cette réalité-là. Je préparais mon installation en France.

J’ai annulé des séances de dédicaces. Officiellement parce que je partais. Mais je crois qu’au fond, à ce moment-là, je n’en voulais pas vraiment.

Quel début.

Il y a pourtant une chose que cette histoire ne dit pas encore : le soutien que j’ai reçu de cette maison d’édition à mes débuts, et les collaborations qui ont suivi.

C’est la première fois que je raconte cette histoire. C’était ma première publication. Je crois qu’elle m’a appris qu’un livre peut vivre sans son auteur.

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