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Souffle inédit


IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS/ Sonia Khader

IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS/ Sonia Khader

  IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS Un très beau texte poétique et philosophique de la poétesse palestinienne Sonia Khader traduit par le poète algérien Lazhari Labter. Source : http://souffleinedit.com/         IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS, il était probable que le hasard arrive, que l’étonnement se manifeste, uniquement à cause d’un

 

IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS

Un très beau texte poétique et philosophique de la poétesse palestinienne Sonia Khader

traduit par le poète algérien Lazhari Labter.

Source : http://souffleinedit.com/

 

 

 

 

IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS, il était probable que le hasard arrive, que l’étonnement se manifeste, uniquement à cause d’un événement ordinaire, suffisant pour faire naître les sentiments et la mélancolie.

Dix ans en arrière tout au plus, du temps où la mémoire visuelle était vide de scènes de mort, de destruction, de pauvreté et de crime, et qu’il y avait suffisamment de temps pour s’intéresser à un événement sans importance, il était probable que les battements du cœur s’accélèrent et que les larmes coulent, à cause d’une scène humaine qu’on considérait comme touchante, comme la vue d’un bulldozer détruisant une petite maison, ou remarquer un léger changement dans les signaux de la circulation, ou la vue d’un jeune sur un fauteuil roulant vendant des mouchoirs en papier entre les voitures, ou le passage d’une voiture corbillard ou d’une ambulance ou d’un SDF allongé sur le trottoir ou d’une feuille de papier A4 sur la vitrine d’un magasin sur laquelle est écrit avec un marqueur « flowmaster » « le magasin est fermé pour cause de décès de son propriétaire » ou de la rencontre d’une personne revenant de voyage ou d’entendre la nouvelle d’un accident de la route ou d’apercevoir un ami d’enfance et de le prendre dans ses bras au milieu de la rue sous les regards des passants et leurs larmes.

IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS, à l’époque où les jours passaient avec une lenteur désespérante, nous ne savions pas grand-chose de ce qu’il se passait autour de nous, et nous nous contentions des journaux d’informations du 20 H, qui ne dépassaient pas la demi-heure, et d’amis dont le nombre était moins que les doigts d’une seule main, nous savions d’eux juste ce qu’il fallait savoir, sans violer l’interdit de leurs maisons et leurs secrets.

NOUS SOMMES AUJOURD’HUI à l’époque de l’explosion scénique terrible et les expositions continuelles des photos et des états d’âme révélées à chaque heure et tout le temps, UNE ÉPOQUE où le pire se produit, à travers des comparaisons déroutantes entre nos vies et celles des autres qui nous fait perdre de vue le bon sens, le contentement et la conscience.

UNE ÉPOQUE où nous savons tout sur tout avant que ça n’arrive ; le sexe du fœtus et son nom et le moment de sa naissance, quand on déclenchera la guerre et quand la tornade attaquera et quand elle entrera dans une collision destructrice avec la terre et où le chemin nous mènera et à quoi nous ressemblerons si la joue est légèrement tiré vers le haut et que l’œil est agrandi légèrement et que les lèvres s’ouvrent légèrement et que légèrement se soulève le sourcil, nous savons tout sur tout et sans réserve nous partageons tout ce que nous savons, nous publions le moindre détail sur notre état psychologique et notre humeur, et nous étalons les détails de nos déceptions et de nos victoires et notre musique préférée et nos plats préférés et nos heures préférées.

IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS, les balcons donnaient sur les rues, à l’affut des murmures des passants et tissant les histoires sur la base du tintement des tasses sur les soucoupes, de l’arôme qui se dégage du café, des bonnes intentions des plantations sur ses bordures et sur ses murs.

IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS, les âmes avaient des demeures et les demeures des balcons, les balcons avaient un sens et la nouvelle étonnait encore, et dans l’expectative il y avait le souhait, l’espoir et l’attente.

 

 

 

Crédit photo de couverture Mouna El Gaied

 

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