« Grave insulte au cerveau » : le roman critique de Jean-Louis Poitevin

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@ Jean-Louis Poitevin

Dans Grave insulte au cerveau, l’écrivain et critique d’art Jean-Louis Poitevin imagine l’assassinat d’un ministre de la Culture par un peintre pour dénoncer, sous forme de roman, les dérives et les impostures du milieu de l’art contemporain.

Grave insulte au cerveau ou la critique du milieu de l’Art à manière de Jean-Louis Poitevin

Par Lazhari Labter

Grave insulte au cerveau, est le dernier roman de l’écrivain et essayiste français Jean-Louis Poitevin, critique d’art réputé. Pour celui qui, comme moi, n’a jamais lu la moindre ligne de cet auteur, le titre paraît, à première vue, rebutant et ne donne nullement envie de rentrer dans le roman. « Une fois de plus, ce soir-là, ils ont dit ce qu’était, pour eux, le désirable. » Et pourtant, une fois lue la première phrase ou Incipit du premier chapitre, on n’a plus envie d’interrompre la lecture et d’aller jusqu’au bout de ce voyage pour connaître la fin de l’histoire et surtout de mieux cerner le but de l’auteur.

Grave insulte au cerveau : le réquisitoire de Jean-Louis Poitevin

Avec son style particulier et ses phrases « proustiennes », l’auteur nous invite, à travers un fait divers, l’assassinat d’un ministre de la Culture par un grand peintre, à un voyage fascinant dans l’univers de l’art, dominé par des bureaucrates de la culture d’un système corrompu et corrupteur.

Écrit comme un roman policier, l’enquête sur l’assassinat du haut fonctionnaire chargé de la Culture, ou plutôt de l’inculture, n’est que le prétexte pour plonger le lecteur dans un monde où la laideur des commanditaires qui salissent l’art prend le pas sur les artistes authentiques qui ouvrent pour la beauté de l’art.

C’est avec un scalpel que l’auteur dissèque sans pitié le milieu de l’art, perverti par une caste de commissionnaires influents, qui vivent en parasites sur le dos des véritables créateurs, « car ceux qui fabriquent ce monde à leur image, ne reçoivent jamais ceux qui ne leur ressemblent pas, posséderaient-ils tous les titres nécessaires à assurer leur accréditation. Ressembler sans partage, leur ressembler comme se ressemblent les membres de tous les Klu Klux Klan de la terre, voilà ce qu’ils cherchent, et la liberté, ils veulent qu’elle soit limitée à la seule capacité d’imitation. », s’insurge l’auteur et, pour mieux exprimer son horreur de ce monde, il ajoute, féroce et dégoûté : « Chaque fois que je sors pour voir ce qu’ils appellent de l’art, j’ai des haut-le-coeurs et il m’est arrivé plusieurs fois en rentrant chez moi de vomir tant ce que j’avais vu n’était pas même un possible mort-né mais un cadavre ayant accouché de lui-même à l’état de décomposition plastifiée. »

Dans sa présentation, l’éditeur Le Chien qui passe résume en ces termes toute la puissance de ce livre : « Dans ce monde où la puissance créatrice est perçue comme une menace, où l’innovation réelle est pervertie au profit de simulacres consensuels, il devient impératif de s’interroger. En effet, qui détient aujourd’hui les clés de la culture ? Et surtout, comment les arracher à ceux qui en ont fait leur instrument de souveraineté́ absolue ? Ce livre s’efforce de répondre à cette question et tente de briser le cercle vicieux de la confiscation de la pensée. Il se pose en une manière de révolte contre la fatalisté d’une culture administrée par ceux qui n’ont jamais créé. »

Plus encore, ce livre est un cri du cœur pour la beauté et contre la laideur, manifeste pour la liberté de créer. À lire et à méditer.

Grave insulte au cerveau, roman, Jean-Louis Poitevin, éditions Le chien qui passe, France, mars 2025.

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Journaliste Littéraire & Poète
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Lazhari Labter est journaliste spécialisé en art littéraire au sein de Souffle inédit. Il anime la rubrique « Poètes sur tous les fronts », consacrée aux voix contemporaines et aux figures majeures de la poésie. Poète et écrivain, il développe une réflexion engagée sur la création littéraire et ses enjeux dans le monde actuel.