LA RÉSISTANCE / Gwen Garnier-Duguy 

Trois poèmes de Gwen Garnier-Duguy

 

LA RÉSISTANCE  

 

De grandes choses
Ces laminaires ramassées sur la plage
Mis à sécher sur l’herbe du jardin
De grandes choses l’odeur de la bruyère
Infusée ce matin j’ai éteint
Mon portable pour être disponible
Au sensible qui vient à tout instant le temps
Dehors est au soleil artificiel autant dire
Comme la civilisation est attaquée pareille
À la terre la nature expropriée
Et pire nous les hommes civilisés nous sommes
Les ennemis pour l’autonomie du big
Data et l’arraisonnement par l’algorythmique
Informatique de grandes choses
Ces mots cueillis dans la forêt du quotidien
Et ramenés à la poésie contre l’aphasie
De la modernité avec son ironique pas
Gagné de grandes choses ces os de sèche
Et ces coquilles de palourdes
Ils elles allègent la journée et le poème
S’en trouve pour son plus grand plaisir
Un court moment apprivoisé avec ses vers libres
D’aimanter le désir dans les veines nous sommes
Chantés par
L’ineffable.

 

 

 

POÈME INDIEN

 

D’abord il y a cette route
Blanche bordée de champs de colza je conduis
Fenêtre ouverte l’air sent bon la vie la musique
Bercent le paysage au virage
Je le vois l’oreille collée à la poussière, le rétroviseur
Confirme, plus tard au détour d’un chemin le front
Posé sur l’écorce d’un bouleau, plus tard
Comme j’admire la voie
Lactée le même homme la joue
Ajustée sur les entrailles de la terre, il écoute.
Un soir je sors du boulot saoul de travail
Il est là les mains à plat sur l’asphalte absorbé.
Une nuit je l’entends à travers il murmure
À la nature quelque parole phréatique
Et dans le même mouvement comme c’est souvent
Dans les images c’est la terre qui passe
Par sa voix tout ça n’a rien
À voir avec des malédictions il ne prend pas
Le pouls du désastre il n’écoute
Rien du mal infligé aux sols aux océans
Il reçoit la voix de la profondeur il appartient
Au camp du large espace il dépose
Un tout petit soleil
Sur la langue nous sommes
Dans notre
Elément.

 

SPIRITUS SANCTUS

 

Je viens de signer une pétition
Contre l’ouverture d’une mine
De charbon gigantesque qui menace
La Grande Barrière de corail
Siemens le géant
Comme un avatar d’Orion marchant
Au fond de l’océan offre son soutien
Technologique.
La plus grande structure vivante
De notre planète attaquée
Par l’érosion
De notre langue
Falsifiée.

Une autre langue
Étrangère

On peut dire sans se tromper
Que la dérive des continents est la dérive
Des oublieux
L’Évangile du jour c’est Jésus
Au temple il a fait un fouet
Avec des cordes il fouette
Les marchands et leurs marchandages
Il lacère la chair des changeurs ils disent
Notre marchandise mondialise ils ont peur
L’oublieux en colère et sa monnaie à terre
En prise avec le sanctuaire
De la mémoire le sang
Leur monte à la tête en face le Seigneur
Musculeux les brebis les bœufs
L’oublieux peureux et même les colombes
Il plombe tout ce beau monde
Et fout les tables par terre.

Un être vivant fait de coraux vivants
Est là sous-marin à la merci de la main
Humaine telle la grande baleine
Blanche chassée par l’obsession hallucinée du capitaine
Hachab son obsession métaphysique et Moby Dick
Enchante nos fonds vainqueur
De la chasse au Vivant merci Herman Melville

Tu as annoncé la victoire
Et nous ne ferons pas
L’économie
De notre aveuglement.

 

Poèmes de Gwen Garnier-Duguy

Extraits de « Poèmes nageant dans la bouteille de whisky de Charles Bukowski »


Gwen Garnier-Duguy est né en Bretagne en 1972. Il participe en 2003 au colloque consacré à Patrice de La Tour du Pin au collège de France, y parlant de la poétique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la peinture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, Nox,  aux éditions le Grand Souffle.
2011, Danse sur le territoire, éditions de l’Atlantique, préface de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014, Le Corps du Monde, éditions de Corlevour, préfacé par Pascal Boulanger.
2015, La nuit phœnix, Recours au Poème éditeurs, postface de Jean Maison.
Il fonde en 2012 avec Matthieu Baumier le magazine en ligne www.recoursaupoeme.fr, exclusivement consacré à la poésie et signe la préface à La Pierre Amour de Xavier Bordes, collection Poésie/Gallimard, 2015.
2018, Alphabétique d’aujourd’hui, à L’Atelier du Grand Tétras.
2019, Enterre la parole suivi de La Nuit Phoenix, éditions de Corlevour, postfacé par Jean Maison. Ce double recueil a reçu en 2020 le Prix International de poésie francophone Yvan Goll.

 

Tableau de couverture Adeline Wagner

Poésie

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