Roman

Dihya Lwiz, une écrivaine engagée

Dihya Lwiz, une écrivaine engagée qui raconte le malheur des hommes

Par Adil Messaoudi

Dihya Lwiz, de son vrai nom Louiza Aouzellag, une femme de lettre algérienne d’origine kabyle, engagée pour la liberté d’expression, la démocratie et la condition féminine. Une écrivaine trilingue qui savait naviguer entre la ville et la compagne comme elle savais naviguer entre l’arabe et le tamazight. Elle nous a quitté très jeune, à l’âge de 32 ans, un certain 30 juin en 2017 à Bejaïa, suite à une maladie.

Dihya Lwiz, une écrivaine engagée

Dihya Lwiz avait composé son premier poème à l’âge de 13 ans, avant de passer plus tard au roman à l’âgé de 16 ans. Elle compte à son actif deux roman en langue arabe et quatre romans en tamazight. En sus à un recueil de nouvelles en tamazight ayant regroupé 11 auteurs amazighs originaires des différents pays d’Afrique du Nord, accorde une place particulière à la femme dans ses écrits. L’écrivaine était et demeure un cas unique dans la littérature algérienne, car elle était la seule écrivaine à avoir écrit des textes littéraires aussi bien en langue amazighe qu’en langue arabe. La majorité des écrivains amazighophones (variante kabyle), qui écrit dans deux langues l’a fait en tamazight et en français. Mais Dihya Lwiz avait cette faculté unique de maîtriser les deux langues, actuellement nationales et officielles en Algérie (l’arabe et le français).

Louiza Aouzelleg a participé à plusieurs manifestations littéraires en Algérie et ailleurs, notamment aux Émirats arabes unis. Elle a été lauréate du prix littéraire Mohammed Dib pour son roman en kabyle «Ger Igenni ts tmurt», paru aux éditions Frantz Fanon que dirige le romancier-journaliste Amar Ingrachen.

Dihya Lwiz, une écrivaine engagée

 

Femme de conviction et de talent, elle faisait partie de ces rares écrivains à passer sans souci du tamazight à l’arabe ou au français. Passeuse en majesté, elle était très impliquée aussi dans les luttes pour les libertés. Toute sa vie a été dédiée à l’écriture littéraire, mais aussi à l’action culturelle puisqu’elle était l’une des figures les plus actives et les plus dévouées du café littéraire de Béjaïa qui a tant marqué les esprits de tous les férus de littérature pendant des années.

Dihya raconte : « L’envie d’écrire m’est venue d’une amie d’école. On s’écrivait régulièrement de longues lettres ». Cet échange épistolaire qui a duré plus de douze ans avant de s’interrompre brutalement a fait naître une vocation. « C’est grâce à elle que j’en suis venue aussi bien à la lecture qu’à l’écriture », avoue-elle. La jeune Dihya a donc dû attendre d’être au lycée pour mettre un pied dans l’univers magique des livres. « J’ai commencé par écrire de la poésie en kabyle. J’écrivais les choses que je ressentais », raconte-elle.

Dans toutes ses œuvres, les thèmes choisis sont puisés directement dans cette société contemporaine éclatée, torturée, travaillée au corps par le malheur et la violence. « La souffrance humaine m’inspire. Je ne peux vraiment pas écrire quelque chose de joyeux », dit-elle en s’avouant un peu pessimiste. « Si on parle du malheur, c’est qu’il est tout le temps-là », ajoute-t-elle. La littérature a toujours fait bon ménage avec le malheur des hommes car, en fait, et c’est bien connu : le bonheur n’a pas d’histoire. Dihya Louiz, elle, en avait beaucoup à raconter.

Adil Messaoudi  – Journaliste indépendant

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